CHAPITRE II
montagnes de la Chartreuse (4). Là , dans des clairières entourées de sombres forêts et surmontées de rochers menaçants , au sein d'un désert jonché de pierres brisées et sillonné par des avalanches , il lui sembla que le Seigneur se construisait un temple magnifique , création vraiment divine au milieu de cette espèce de chaos : en même temps il crût voir sept étoiles brillantes s'arrêter sur le faîte de cet édifice et se revêtir d'une pure et mystérieuse lumière (2);
Le lendemain , Bruno et les six pèlerins qui l'accompagnaient vinrent se jeter aux pieds de saint Hugues : « Nous avons été attirés vers » vous , s'écrièrent-ils , par la renommée de » votre sagesse et par la bonne odeur de vos » vertus (3). Nous venons , à l'exemple des » Hilarion , des Antoine et des anachorètes des » premiers temps , chercher un désert où nous » puissions fuir les fausses joies du monde et » les orages d'un siècle pervers. — Je reconnais
(1) Ce sont ces montagnes qui ont donné leur nom à l'ordre de saint Bruno.
(2) Ce miracle a été reconnu authentique par plusieurs auteurs très distingués» entre autres par l'abbé Fleury, par le père Giry, et par Baillet, critique très-sévère et surnommé le dénicheur de saints.
(3) Suavi sanctœ convertationù ejus odore trahente. (Guigo carthusiensis.;
VIE DE SAINT HUGUES
» en vous , ajoutait le chanoine de Reims , la h figure d'un ange qui m'a apparu dans le m cours de mon voyage et à qui Dieu m'a or- » donné de confier la conduite de ma vie : re- » cevez-nous dans vos bras ; conduisez-nous à » la retraite que nous cherchons. »
Hugues , ému d'un pareil spectacle , releva et embrassa ces pieux étrangers. Il leur fit une réception pleine d'affection et de charité , et leurs larmes d'attendrissement se confondirent avec les siennes. 11 comprit alors que l'apparition des sept étoiles était le présage divin de leur arrivée , et qu'elle indiquait le lieu où ces mages chrétiens devaient arrêter leurs pas. Suivant quelques-uns des biographes de saint Bruno (1) , Hugues reconnut en lui l'un des maîtres d'éloquence ou de théologie dont il avait suivi les cours pendant les voyages qu'il avait faits dans sa première jeunesse pour perfectionner son éducation.
Bruno resta quelques jours à Grenoble avec saint Hugues ; il conféra avec lui de la règle qu'il avait projetée pour la fondation de son ordre. Qu'ils durent être élevés et sublimes les
(1) Ce fait est rapporté par un manuscrit de la chartreuse , intitulé : Spéculum carthusiœ; lib. prim. Guigues n'en parle pas ; cependant presque tous les biographes de saint Bruno l'ont admis, et entre autres le père de Tracy.