CHAPITRE II
entretiens de ces hommes de Dieu , méditant ensemble les bases de Tordre des chartreux , qui font depuis huit siècles la gloire de la catholicité ! Quelle profondeur ! quelle gravité devaient présider aux discussions de ces saints législateurs ! Us surent créer une société religieuse dont la puissance de vitalité a été si grande , que , sans avoir besoin d'être réformée (1 ) ni renouvelée , elle est encore debout après plus de sept siècles , après avoir vu naître et périr autour d'elle une foule de sociétés politiques et d'institutions humaines !
Quelque temps avant la fête de saint Jean- Baptiste, Hugues conduisit Bruno et ses compagnons dans le lieu qui lui avait été désigné par l'apparition mystérieuse des sept étoiles. Ils traversèrent ensemble les portes naturelles du désert de Chartreuse, formées par des rochers inaccessibles qui se perdent dans les nues. Us cheminèrent à travers les forêts , les rochers et les précipices jusqu'aux lieux où est maintenant la chapelle de Saint-Bruno (2). Ni l'horreur de
(1) Nunquam reformata, quia nunquam difformata.
(2) Traditione constat eum cellam illic habuisse, imo et sacellum vicinum. in quo missam celebrabat : altare enim istius sacelli hue usque immotum persévérasse creditur. Ibidem etiam tria aut quatuor magna fragmenta rupium . olim ab altis rupibus sotuta et decisa cernuntur . a se invicem paululum separata, ad quorum pedes tuguria tune illos
VIE DE SAINT HUGUKS
ces aspects sauvages , ni le silence affreux du désert , ni la crainte des frimas d'un long hiver n'ébranlèrent le courage de ces pieux anachorètes. Ils acceptèrent ce séjour avec son âpreté et ses rigueurs , comme le digne théâtre de la fervente pénitence à laquelle ils allaient consacrer leur vie.
Hugues avait conduit à travers le désert le petit troupeau qui s'était confié à sa garde. Mais il n'y avait pas d'eau dans l'endroit où ils arrêtèrent leurs pas , et comme tout devait être merveilleux dans l'établissement de l'ordre des chartreux , l'évêque de Grenoble , comme un autre Moïse, frappa le rocher (1 ) et en fit jaillir la source qui depuis a été connue sous le nom de fontaine de saint Bruno. C'est cette fontaine que le prieur Guignes fit venir plus tard par des aqueducs jusqu'au lieu où est le monastère actuel. Bruno et ses disciples construisirent ensuite pour leurs demeures d'humbles cabanes séparées les unes des autres par un espace de
fabricasse multi suspicati sunt. (Annales ord. carthusiensis, 1687.)
(1) Ce miracle, rapporté par Dorlande, paraît généralement admis; Guigucs n'en parle pas, il est vrai , mais Guigues n'a écrit que la première partie de la vie de saint Hugues. Il devait rapporter dans la seconde les miracles de ce saint évéque; il a été empêché de l'écrire par ses infirmités.