CHAPITRE II
» Ils reçoivent le dimanche , du dépensier , » pour nourriture , du pain et des légumes , qui » sont leurs seuls mets, et qu'ils cuisent chez eux.
» Ils ont dans leurs cellules de Peau , qui y » vient par différents conduits (1).
» Ils peuvent aux dimanches et aux jours de » fêtes manger du fromage et du poisson , » mais ils ne font usage de poisson qu'autant )> qu'on leur en donne, car ils n'en achètent pas.
» Ils n'ont ni or ni argent dans leurs orne- » ments d'église ; il n'y a que le calice qui soit » d'argent.
» Ils ne viennent pas à l'église à toutes les » heures ordinaires de l'office , comme nous » autres qui suivons la règle de saint Benoît , » et si je ne me trompe , ajoute le même auteur , » ils n'entendent la messe que les dimanches et » fêtes. » Guibert se trompe ; car on voit par les coutumes de Guigues qu'on célébrait la messe encore d'autres jours que les jours de précepte ; mais il n'y avait pas tous les jours de messe conventuelle.
« Ils ne parlent presque jamais et s'ils de- » mandent quelque chose , c'est par signes. » Guibert paraît se tromper sur l'article de ces signes que les chartreux n'avaient pas adoptés
(1) C'est Teau que saint Hugues avait fait venir miraculeusement.
VIE DE SAINT HUGUES
comme les cisterciens ; car Guignes dit dans le recueil des coutumes , qu'on s'exprimera en peu de mots lorsqu'il sera nécessaire.
v S'ils usent du vin , il est si trempé qu'il » n'a aucune force -, à peine est-il meilleur que » de l'eau.
» Ils portent le cilice sur la chair, et les autres » vêtements se réduisent à peu de chose. Le » texte dit : cœterarum vesHum multa tenuitas.
» Ils ont un prieur , et l'évêque de Grenoble , » qui est très-pieux ( c'était saint Hugues ) , leur » sert d'abbé et d'économe; >» c'est-à-dire que , comme évêque diocésain , il était leur premier supérieur , et comme leur protecteur , il s'intéressait pour leur temporel.
lieu qu'habitent ces solitaires est appelé » Chartreuse. Ils cultivent peu de terre pour le w blé ; mais ils ont beaucoup de troupeaux de » divers bestiaux , dont la vente sert pour leur » subsistance.
»» Il y a au bas de la montagne une demeure » de vingt laïques , qui font valoir avec fidélité » les biens dont on leur donne l'administration.
» Ces ermites sont si fervents et si unis à Dieu » qu'ils ne s'éloignent pas de leur institut (1 ).
(1) Ces paroles extraites de Guibcrt, in sua vita, chap. 11, sont citées en partie par M. Fleuri, Histoire ecclésiasti que , Iiv. 63.