‹ Vie de Saint Hughes, évêque de GrenobleChapitre 23 sur 108 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Guibert ajoute : « Quoiqu'ils soient pauvres, » ils ont cependant une riche bibliothèque (1 ). » Le comte de Nevers étant allé les visiter par » dévotion , il eut pitié de leur pauvreté. Il )> leur envoya à son retour de l'argenterie d'un » grand prix ; ils la lui renvoyèrent , et le » comte , édifié de ce refus , leur fit donner des » cuirs et des parchemins, qu'il savait leur être » nécessaires pour transcrire des livres. » On voit , par ces paroles , que la principale occupation de ces solitaires était de copier des livres (2) , ouvrage très-utile dans un temps où on n'avait pas encore l'art de l'impression.

Voici maintenant comment un autre contemporain , Pierre-le-Vénérable , abbé de Cluny , rend compte de la vie des premiers chartreux : « Ils ne mangent jamais de chair , même lors- » qu'ils sont malades (3) ; ils se nourrissent

(1) Comme la Grande-Chartreuse a été incendiée jusqu'à sept fois , beaucoup de manuscrits ont été brûlés ; mais les bénédictins dom Marthène et dom Ursin Durand, dans leur Voyage littéraire, édition de 1717, disent, pag. 252, que dom Masson a fait venir de la Chartreuse des Portes plusieurs manuscrits qu'on trouve actuellement au chef d'ordre. (Note de Tracy.)

(2) Quot enim libros scripsitnus, dit Guigues dans ses statuts , toi nobis veritatis prœcones facere videmur. Cette pensée n'est pas d'un ennemi de la propagation des lumières.

(3) Cet article prouve évidemment que les chartreux n'em-

VIE DE SAINT HUGUES

» d'un pain grossier ( pane furfureo utuntur ) ; )) leur vin est aussi faible que de l'eau. Ils n'ont » que rarement du poisson , et même ils n'en » achètent pas , ce n'est qu'autant qu'on leur en » donne qu'ils en font usage ; les dimanches et » les fêtes sont les jours où ils peuvent avoir » des œufs ou du fromage. Ils n'ont pour nour- » riture, le mardi et le samedi , que des herbes » cuites ou des légumes , mais leur abstinence » est si rigoureuse le lundi , le mercredi et le » vendredi , qu'ils n'ont que du pain et de » l'eau (1) ; ils ne font qu'un seul repas par » jour , excepté aux octaves de Noël , de TEpi- » phanie , de Pâques et de la Pentecôte et à » quelques autres fêtes , et alors ils viennent » au réfectoire le matin et le soir.

» Leurs vêtements sont si courts , si vils , si *> hérissés de poils (2) qu'ils font peine à voir ;

brassèrent pas la règle de saint Benoit, puisque cette règle permet l'usage de la viande aux malades. (Note de Tracy.)

(l) Cette grande austérité n'a pu se soutenir lorsque l'ordre s'est fort étendu; mais les chartreux, pour conserver quelques vestiges de cette ancienne rigueur , vont tous les vendredis demander dispense au père prieur pour ne pas jeûner au pain et à l'eau. (Note de Tracy.)

(a) Voici le texte latin : Vestes vilissimas , abjectissimas. ipêoque visu horrendas assumpserunt ; quantilate enim brèves et angustœ , qualitate ita ut vix aspici possint hirsutœ etsordidœ. nullum gloriandi vitium se posse admittere tndi-

Page 1