CHAPITRE II
>. ils veulent par là éloigner toute vaine gloire. » Ils portent , pour mortifier leurs corps , de » durs et âpres cilices. Leurs jeûnes sont pres- » que continuels; ils chantent, aux fêtes solen- « nelles , tout Toflice dans l'église ; mais aux » autres jours , ils ne se rassemblent au chœur » que pour dire matines et vêpres ; ils disent » les jours ordinaires les autres heures dans » leurs cellules et au son de la cloche (1 ) ; ils » sont fort recueillis ; et en même temps qu'ils » louent le Seigneur extérieurement , ils Pado- » rent intérieurement.
» Ils pratiquent un grand désintéressement , » ils ne veulent rien posséder au-delà des termes » qu'ils se sont prescrits (2) ; ils nourrissent des
cant. ... Les religieux de la Grande-Cbartreuse et ceux de la chartreuse de Lyon portent encore des babils hérissés de poils. (Note de Tracy.)
(1) Pierre de Clugny parait se tromper, en mettant complies au nombre des heures que les chartreux disent dans le chœur aux jours solennels mêmes; car dans les coutumes de Guigues on lit : in cellis senvper completorium dicimus. Telle est encore la pratique des chartreux. (Note de Tracy.)
(2) L'expression de Pierre de Clugny parait trop forte , car il dit : Extra terminos quos constituerunt , etiamsi totus mundus offerelur eis, ne saltem quantum pes humanus occupât terra spatium acciperent. Dom Masson, dans le chap. la de ses Annales, pag. 105, a voulu un peu affaiblir sur cet article et sur quelques autres le récit de Pierre-le- Vénérable ; il attribue à la grande affection qu'avait ce pieux abbé
VIE DE SAINT HUGUES
» bœufs , des chèvres , des brebis pour pourvoir » à leur subsistance ; ils ont même déterminé » le nombre de leurs bestiaux , pour ne pas » s'enrichir. Ils sont douze moines et le prieur » fait le treizième ; ils ont dix-huit convers et >» ils ont statué de n'être pas davantage dans » leurs monastères ; ils ont de plus quelques » domestiques ou subalternes pour les ouvrages » serviles; ils s'appliquent en silence dans leur » cellule , ou à la lecture , ou à la prière ou au » travail des mains , surtout à copier des » livres , et , selon les exemples des anciens » ermites , pour ne pas se détourner de leurs i» exercices , quoique d'un mérite bien infé- » rieur , ils n'offrent communément le saint » sacrifice qu'aux dimanches et aux fêtes , » jours auxquels ils prennent leurs repas après m sexte et après vêpres. »
Au bout de cinq ou six années , un événement inattendu vint jeter le trouble au milieu du calme où s'écoulait l'existence obscure de la sainte colonie fondée par Bruno.
Vers le commencement de l'année 1088 , Urbain II fut élevé sur la chaire de saint Pierre. Né à Chàtillon , dans le diocèse de Reims , ce
pour les premiers chartreux , d'avoir un peu trop amplifié ce qu'il admirait dans leur genre de vie : mais ce qu'allègue dom Masson n'est pas fort important. (Note de Tracy.)