‹ Vie de Saint Hughes, évêque de GrenobleChapitre 26 sur 108 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

» leur institut est préféré avec raison à celui de » tous les autres ordres religieux. »

Saint Bruno ne donna d'abord sa règle que verbalement. Guigues , cinquième général de l'ordre, écrivit ensuite un abrégé de cette règle, dont les disciples de Bruno avaient conservé la précieuse tradition. Plusieurs chapitres généraux y ajoutèrent de nouveaux statuts ; on rédigea le tout en un code complet en 1581 , et Innocent XI l'approuva en 1688.

Les destinées de la Grande-Chartreuse ne se sont pas écoulées paisiblement et sans orages depuis 1084 jusqu'à nos jours. Ainsi que nous le verrons dans la vie d'Hugues II , successeur de saint Hugues , en 1 1 32 une avalanche fondit du haut des montagnes sur l'église et les bâtiments claustraux , et engloutit presque tous les religieux de la communauté. Cette même année le monastère , qui était alors au lieu où est maintenant la chapelle de la Vierge, fut reconstruit par les soins du prieur Guigues , sur l'emplacement qu'il occupe encore aujourd'hui. Depuis il a été brûlé huit fois , soit par accident , soit par la perversité des hommes : ces incendies eurent lieu en 1320 , 1371 , 1474 , 1 51 0 , en 1 562 pendant la première guerre civile , 1592 , 161 1 , et le 10 avril 1676. Cette dernière fois le monastère fut brûlé entièrement , et c'est alors que dom Masson , prieur

VIE DE SAINT HUGUES

de Tordre , aidé d'un frère architecte , le fit rebâtir tel qu'il existe aujourd'hui. En 1790 , la Grande-Chartreuse fut supprimée, ainsi que tous les autres couvents de France. En 1814 , on permit aux chartreux qui avaient survécu à la révolution de reprendre possession (1 ) du monastère ; mais la propriété du désert ne leur fut pas rendue , et les jouissances et droits d'usage qu'on leur avait concédés sous la restauration ont été encore restreints depuis la révolution de juillet.

Dans le dernier siècle , le célèbre M abillon , qui attaqua tous les ordres religieux de son temps, comme déchus de leur ancienne ferveur , accusa aussi les chartreux d'avoir apporté quelque adoucissement à la rigueur de leur règle primitive. Il ne faisait pas attention qu'il y avait bien moins loin de la dure existence que l'on menait communément dans le onzième siècle , à celle dont saint Bruno se plut à tracer la règle , que des molles habitudes de nos jours aux mortifications et aux austérités pratiquées encore actuellement par les disciples et les successeurs de ce grand saint. D'ailleurs si , dans le dix-huitième siècle, les revenus considérables que leur

(!) Ce fut un rétablissement de fait et non un rétablissement légal , puisqu'aucune congrégation religieuse d'hommes n'est reconnue en France par la loi.

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