‹ Vie de Saint Hughes, évêque de GrenobleChapitre 38 sur 108 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

comme lui. Plus il était plongé dans sa douleur et plus il s'efforçait de fouler aux pieds tout ce qui était du monde et de chercher en Dieu son unique refuge. Il trouvait dans ses communications avec ce Dieu de bonté une volupté d'autant plus suave que ses angoisses avaient été plus amères , suivant ces paroles du psalmiste : A mesure que les peines sont venues visiter mon cœur , vos consolations y ont abondé pour les changer en joies. Souvent il passait des larmes que lui arrachait la douleur à celles dont l'inondaient doucement ses célestes extases.

Pendant qu'il vaquait à ses diverses occupations matérielles , et principalement pendant qu'il était à table , il se faisait lire quelqu'un des livres saints dont il avait fait faire de nombreuses copies. Quand son lecteur tombait sur quelque passage remarquable touchant

les sévérités et les miséricordes divines , il le faisait recommencer deux ou trois fois , et alors la force secrète des paroles sacrées le pénétrait tellement , il éprouvait de si vives émotions , que ses pleurs coulaient en abondance , et le plaisir de satisfaire le besoin de la faim était anéanti chez lui par ces sensations d'un ordre plus élevé. Alors ses commensaux instruits par l'expérience faisaient signe au lecteur de s'arrêter , afin que saint Hugues eût le temps de laisser calmer son attendrissement.

VIE DE SAINT HUGUES

Ce don des larmes était une source de grâces abondantes pour les pécheurs qui s'adressaient à lui en confession. Après les avoir reçus et entendus avec miséricorde et charité , il pleurait avec ceux qui pleuraient , ou bien les faisait pleurer en pleurant lui-même sur leurs fautes.

Grâce à cette vive sensibib'té , il fut prédicateur entraînant et pathétique. Son éloquence était soutenue d'ailleurs par ses connaissances littéraires , par une grande présence d'esprit et par la plus heureuse mémoire ; elle recevait encore un nouveau prestige de son extérieur imposant , de sa taille noble et élevée , de la dignité de son maintien et de sa physionomie ; enfin elle fut toujours d'autant plus persuasive que sain t Hugues joignait l'autorité des paroles à l'autorité des exemples. Pour instruire plus efficacement son peuple , il improvisait ordinairement ses sermons , ainsi que l'ont fait les premiers prédicateurs de l'Evangile. Il exhortait ses auditeurs à confesser leurs péchés et à en faire pénitence , en leur montrant dans le ciel un Dieu dont la miséricorde était toujours prête au pardon ; et il ne cherchait pas , en composant ses discours , ce qui pouvait lui concilier les suffrages des savants et des lettrés , mais ce qui pouvait être le mieux compris par la majorité de ceux qui l'écoutaient. Au reste, ses prédications produisirent quelquefois un si

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