‹ Vie de Saint Hughes, évêque de GrenobleChapitre 39 sur 108 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

puissant effet qu'elles amenèrent des pécheurs à confesser immédiatement des crimes commis par eux , et à montrer ainsi qu'ils craignaient plus les jugements de Dieu que les châtiments des hommes. C'est ce qui arriva lors de la dédicace de l'église de Vinay , où par la brûlante onction de sa parole saint Hugues avait arraché des larmes à tout son auditoire. Deux femmes se levèrent et s'accusèrent publiquement d'exécrables forfaits dignes de la peine capitale. Ce fait, qui mérite d'être cité parmi les plus beaux triomphes de l'éloquence sacrée , fut rapporté dans le temps par des témoins oculaires au pieux chroniqueur (1 ) dont nous tirons ces détails.

Une charité miséricordieuse inspirait les actions de saint Hugues aussi bien que ses paroles. Il pratiqua généreusement le précepte de l'aumône et le fit pratiquer aux autres. Après avoir pourvu aux dépenses de sa maison , tout ce qu'il pouvait mettre de coté n'était pas destiné à grossir des trésors cachés , à faire éclater du luxe et du faste autour de son siège épiscopal , mais bien à aller soulager l'indigence dans son réduit obscur. Dans un temps de grande famine , où les greniers menaçaient de ne plus suffire aux besoins du peuple , il vendit ses anneaux de pierreries , et même son cab'ce d'or ,

(1) Guigo carthusiemi*.

124 VIE DE SAINT HUGUES

et il distribua aux pauvres le prix qu'il en retira. Il était aidé dans ses bonnes œuvres par des seigneurs nobles et puissants , qui , sur le bruit de sa renommée et de ses vertus , lui envoyaient , des pays les plus éloignés , des présents ou des sommes d'argent qu'ils mettaient à la disposition de son inépuisable charité. Il chassait tous les histrions des approches de sa table et de ses foyers , non-seulement comme une occasion de dépenses journalières , mais comme des organes de mensonge et des vases de perdition. Il n'admettait pas non plus des clients militaires dans sa maison , à cause des rapines et des meurtres qui souillaient alors leur vie , et quant aux cavaliers , il n'en avait qu'un petit nombre , qui était nécessaire pour son cortège. Il regardait comme une iniquité de dépenser pour des choses peu utiles les biens ecclésiastiques qui doivent être le patrimoine du pauvre , et il allait jusqu'à se reprocher l'abondance où il vivait , lui et ceux de sa maison , tandis que tant de pauvres familles étaient dans la détresse la plus absolue.

Cependant , la manière dont il gérait ses biens faisait qu'il avait plus d'argent à dépenser que d'autres n'en auraient eu à sa place , et son habileté venait ainsi en aide à sa charité sainte.

Comme arbitre de procès portés volontairement devant lui , Hugues eut l'art de terminer

Page 1