‹ Vie de Saint Hughes, évêque de GrenobleChapitre 40 sur 108 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

les différends et d'apaiser les haines par le charme de sa parole évangélique ; comme juge légal des difficultés litigieuses qui étaient de sa compétence , il fut incorruptible et repoussa toujours toute espèce de présent. Ni la dignité de la personne , ni la bassesse de la condition , ni l'éclat de l'opulence , ni les haillons de la pauvreté n'étaient pesés dans son impartiale balance ; un ami ne le trouvait pas plus porté à l'indulgence , un ennemi plus disposé à la sévérité. Il ne chercha pas à s'enrichir par des condamnations fiscales $ en un mot il s'oublia toujours lui-même dans l'exercice de la justice, et il transporta dans son prétoire ce principe d'égalité devant la loi qui est l'image de l'égalité devant Dieu. Ici son biographe s'écrie : « Combien ce serait ici le lieu , pour faire res- » sortir le bien par un parallèle avec le mal , » de nous élever avec indignation contre la » fange dorée du temps présent , où l'honnêteté » et l'équité sont foulées aux pieds , où la soif de » l'or, avouée avec impudeur , excite à la ruine » de l'innocence , et empoisonne de son souffle » impur toutes les choses divines et humaines. » Les présents jettent un bandeau sur les yeux » du sage , et mettent des paroles d'iniquité h dans la bouche du juste. On ne fait que courir » après de vils et frauduleux profits ; depuis le » premier jusqu'au dernier , tous s'abandon-

VIE DE SAINT HUGUES

» nent à Ta varice , tous se laissent séduire par » la corruption ; l'usure et le doi marchent » tête levée sur nos places publiques. Enfin la » cupidité est dans tous les cœurs , on ne voit » partout que des esclaves de l'or ! »

Ces énergiques paroles ne sembleraient-elles pas faites pour le dix-neuvième siècle plutôt que pour le treizième ? Ou plutôt serait-il donc vrai que dans tous les temps notre pauvre humanité aurait été la victime et le jouet des mêmes vices et qu'elle n'aurait jamais trouvé de rempart contre eux que dans la sincérité d'une foi éclairée et fervente ?

Nous terminerons cet aperçu de la physionomie morale de notre saint évêque par un de ses principaux traits , qui donnera un intérêt de contraste assez curieux au chapitre qui a précédé et aux chapitres qui vont suivre.

Saint Hugues avait coutume de dire qu'il ne pouvait pas aimer , mais tout au plus supporter , par amour de Dieu et par résignation à sa volonté , les soucis des affaires temporelles et des débats litigieux. Il répétait souvent que les procès étaient pires pour lui que les souffrances de la fièvre. Il faisait ce qu'il pouvait pour maintenir ou ramener la concorde , avec tous ceux avec qui il était en contact d'affaires ; car il savait que dans l'intérêt de l'église et des pauvres , la guerre et les discordes entraînent

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