CHAPITRE V
Des différends entre saint Hugues et Gaigues XXI, comte
d'Albon.
In paucis vcxati, in multis bcne disponentur : quoniam Deus lentavit eos, et invenit îllos dignos se.
Tanquam aurum in fornace probavit îllos , et quasi holocausti hostiam accepit îllos , et in tempore erit respectus illorum.
(Lib., sapient. , cap. 8.)
Au milieu des désordres qui résultaient des querelles sans cesse renaissantes entre le pontificat et l'empire , les villes qui avaient cessé d'être défendues par une puissance centrale et fixe, contre les exactions des grands bénéficiers , cherchaient à retrouver quelques franchises
VIE DE SAINT HUGUES
locales da ns les débris des municipalités romaines , et à les placer sous la protection sacrée du haut clergé , dont l'influence s'accroissait de tout ce que perdait celle des empereurs. En Dauphiné , où l'esprit public paraît avoir été particulièrement favorable à la papauté, Vienne, Grenoble, Valence, Embrun, Gap et Die s'empressèrent de se courber sous le sceptre paternel de leurs prélats , afin d'échapper à la pesante domination des glaives féodaux , dont la pointe menaçante s'avançait sans cesse du seuil des châteaux jusques dans les lieux les plus peuplés et les plus riches. On peut difficilement s'imaginer , dans nos temps de centralisation absolue et poussée à l'excès , à quel point les codes locaux s'étaient multipliés à la faveur de l'anarchie générale. Chaque ville , chaque baronnie , chaque seigneurie,chaquefief avait sa législation civile et criminelle. Or , quand on lit ces vieux titres et qu'on les compare entre eux, on est frappé de la supériorité des lois octroyées par les évêques et les abbés , sur celles décrétées par les barons et seigneurs. Dans celles-ci, on retrouve toute la barbarie germanique jointe àla tyrannie do la conquête. Les autres , au contraire , portent Fempreinte des lumières et de l'équité du clergé chrétien , qui conservait , là où il avait le pouvoir , le feu sacré de la civilisation , menacé partout de s'éteindre.