CHAPITRE V
Grenoble , comme nous venons de le dire , était au nombre de ces villes qui étaient gouvernées par leurs évêques et défendues par eux contre les envahissements féodaux. Malheureusement un de ces tribuns sacrés oublia son rôle populaire , et par une complaisance coupable pour sa famille , la fit entrer peu à peu en partage d'une partie des attributions et du pouvoir qu'il aurait dû transmettre intacts à ses successeurs.
C'était vers le commencement du onzième siècle , au temps des premiers rois capétiens. Depuis long-temps les grands bénéficiers et les possesseurs de fiefs s'étaient mis à briguer les suffrages électifs du clergé , afin d'obtenir pour leurs enfants ou leurs parents les dignités ecclésiastiques , qui , sous la première race , avaient été le partage presque exclusif des Gaulois et des serfs. C'est ainsi que Humbert d'Albon , qui appartenait à une famille féodale , fut nommé évêque de Grenoble. Or , la famille d'Albon , encore peu illustre , chercha à profiter de cette élévation d'un de ses membres pour fonder sa puissance et sa grandeur. Guigues I er , dit le Vieux , frère d'Humbert , vint s'établir dans le Graisivaudan , et sans doute à titre de défenseur de l'église , il reçut de son frère des inféodations considérables , prises sur les terres de l'évêché de Grenoble.
Après la mort d'Humbert d'Albon, Guiguesle-Vieux continua ses usurpations sous l'épiscopat de Malien. La faiblesse de ce prélat lui permit de se faire reconnaître seigneur suzerain dans presque toute rétendue du diocèse de Grenoble , et de s'y emparer des fiefs y des dîmes et des censés. Tout ce que put obtenir l'évêque Malien , ce fut de jouir par indivis et en commun avec cet usurpateur , des droits seigneuriaux sur la ville de Grenoble , sur une partie du Graisivaudan et sur le comté de Salmoirenc.
Guigues-le-Gras (1 ) , fils de Guigues-le- Vieux , accrut encore son autorité aux dépens de celle des évêques Arthaud , Ponce I er et Ponce II.
Guigues III n'avait pas montré moins d'ambition et d'avidité que ses prédécesseurs. Les circonstances politiques le favorisèrent dans le dessein qu'il paraissait avoir de se créer un comté indépendant , dans cette portion de la Bourgogne. Les empereurs n'y avaient plus qu'une autorité précaire , qui s'affaiblissait encore tous les jours , par suite de l'éloignement de leur résidence ordinaire , des révoltes qu'ils avaient si souvent à réprimer , et des anatbèmes pontificaux qui faisaient sans cesse chanceler
(l) Voir une dissertation sur les Guiges, n© 3.