‹ Vie de Saint Hughes, évêque de GrenobleChapitre 44 sur 108 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

leurs couronnes. Ensuite l'enthousiasme des croisades , auquel Guigues III , pas plus que ses successeurs , ne se laissa séduire , lui donnait l'occasion d'usurper des terres privées de la présence de leurs maîtres , et de persécuter l'église, que laissait sans défenseurs (1 )l'absence des seigneurs les plus renommés par leur piété.

Des anathèmes avaient été fulminés par le Saint-Siège et par les conciles contre tous les chrétiens qui refuseraient de rendre aux églises les dîmes et redevances usurpées sur elles.

Saint Hugues ne voulut pas d'abord se prévaloir de ces décrets contre l'ambitieux Guigues d'Albon. La nécessité de ménager ce seigneur pour l'opposer à l'archevêque de Vienne , la crainte de commencer une nouvelle lutte avant que la première fût terminée , l'engagèrent à ne pas prendre l'offensive pour réclamer contre des injustices commises antérieurement à son épiscopat. Mais quand Guigues , puisant peut-être une plus grande audace dans cette longanimité et ces ménagements , voulut multiplier encore ses empiétements sur l'autorité de l'évêque

(1) Les évéques choisissaient alors très-souvent pour advocats ou advoyers des seigneurs religieux puissants. C'est ainsi que le9 Bérenger, princes de Royans , furent advocats de l'église de Valence. Ces advocats féodaux soutenaient avec l'épée el non avec la langue les causes de leurs clients.

VIE DE SAINT IIUGUES

de Grenoble , ce dernier crut qu'il était, temps d'élever la voix pour s'opposer aux entreprises toujours renaissantes (4) d'une ambition sans frein et sans limites.

Voici à quelle occasion Hugues rompit enfin le silence.

Le comte d'Albon , non content de ses usurpations personnelles et de celles de ses aïeux , au moyen desquelles il jouissait par indivis avec les évêques de presque tout le patrimoine de l'église de Grenoble , se plaisait à susciter mille querelles entre ses vassaux et ceux de saint Hugues, qui travaillaient en commun dans les terres du Graisivaudan. Ses hommes se livraient à toutes sortes de fraudes et de petites rapines au moment du partage des récoltes , et ils maltraitaient violemment les gens de l'évèque , quand ceux-ci se permettaient de résister à ces criantes iniquités. Le devoir du seigneur était de protéger ses vassaux contre l'oppression. L'évêque de Grenoble fit inutilement mille représentations au comte Guigues pour faire cesser ces vexations odieuses. Il comprit alors tous les inconvénients de ces droits exercés en commun avec un seigneur turbulent et tracassier.

(1) Déjà Tévéque de Grenoble n'avait plus dans tout son diocèse une seule ferme intacte en propriété, unummansum integrum ad suum dominium in toto episcopalu.

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