‹ Vie de Saint Hughes, évêque de GrenobleChapitre 45 sur 108 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Il désira ( 1 096 ) sortir de cette position équivoque et dangereuse, qui le mettait sans cesse en contact avec un pouvoir matériellement plus fort que le sien , et il chercha à anéantir cette source toujours renaissante de procès et de contestations , que le glaive du comte ne manquait presque jamais de trancher au préjudice des pacifiques gens d'église. Pour imposer à Guigues , saint Hugues crut devoir faire (1 ) un appel à l'opinion de ses diocésains , et leur exposer les preuves évidentes qu'il avait à donner de son bon droit. Il leur fit donc connaître, notum sit omnibus fidelibus , que tout ce que possédait les comtes d'Albon avait été usurpé sur l'église de Grenoble ; qu'avant Guigues-le- Vieux , aïeul du comte actuel , il n'y avait d'autres seigneurs à Grenoble que les évêques , nullus inventus fuit in diebus Isami qui cornes vocaretur / enfin que l'église de Grenoble avait possédé jusqu'alors en franc-alleu toutes les terres qui formaient l'étendue du diocèse. Il paraît en effet que les droits seigneuriaux des évêques de Grenoble se perdaient dans la nuit des temps. Peut-être avaient-ils pour origine une concession de l'un des empereurs , successeurs de Charlemagne, ou de l'un des rois de la Bour-

(1) J'ai extrait ici avec exactitude l'acte 16 du deuxième carlulaire de saint Hugues.

VIE DR SAINT HUGUES

gogne-cisjurane, où Boson avait fondé une monarchie indépendante qui dura depuis 879 jusqu 1 en 1032 , époque de la mort de Rodolphe III (1 ). Quoi qu'il en soit , cette espèce de compte-rendu fait à tout le peuple du diocèse, des difficultés qui existaient entre la famille d'Àlbon et les évêques de Grenoble , ne fit qu'allumer le courroux de Guigues III et le rendre encore plus intraitable. Hugues , qui vit que sa démarche avait eu un effet inverse de celui qu'il en attendait , pensa qu'il n'avait plus rien à faire que d'ajourner son adversaire devant le tribunal de l'archevêque de Vienne* Il prouva par là qu'il avait encore confiance dans l'impartialité et la justice de son métropolitain , malgré les démêlés qu'ils avaient eus ensemble. Il exposa ses griefs dans le prétoire ecclésiastique de Gui , avec cette clarté et cette énergie qui caractérisaient son genre de talent.

Guigues III , homme illétré et ignorant , n'était pas de force à lutter de dialectique avec l'un des évêques les plus éloquents de son siècle. Aussi ,poussé à bout par des arguments auxquels

(1) Rodolphe, dernier roi de la Bourgogne cis-jurane, fit don à l'église de Vienne du comté de Viennois avec toutes ses dépendances , la ville , le château de Pipet , etc. ; cet acte est de 1023. Voir Y Histoire de Vienne, de M. Mermet,page 340 et suivantes.

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