CHAPITRE VI
aussi traversé les mers pour aller au tombeau de Jésus-Christ , en revint plein d'indignation contre la tyrannique domination des Musulmans et les avanies dont les pèlerins étaient l'objet. Plein d'enthousiasme et d'éloquence , il conçut le hardi dessein d'exciter la chrétienté tout entière à se porter à la délivrance du saint sépulcre. Pendant les premières années qui suivirent l'exaltation d'Urbain II , il parcourut l'Europe entière pour l'émouvoir sur la honte et les malheurs de Jérusalem. Les peuples reçurent l'ermite Pierre comme un envoyé du ciel , et partout ils lui promirent de prendre les armes pour la guerre sainte dont il s'était fait le prédicateur.
Nous avons vu plus haut que les ambassadeurs d'Alexis Commène , qui était menacé par les Turcs, parurent au concile de Plaisance pour implorer les secours des Latins contre les infidèles : on ne douta plus alors que la grande question des croisades ne dût s'y résoudre (1 095). Mais, comme nous l'avons dit , les troubles religieux et politiques de l'Europe occupèrent presque exclusivement cette grande et solennelle assemblée , de manière qu'elle ne décida rien relativement à la guerre d'Orient. Le pape Urbain II convoqua pour cet objet un autre concile à Clermont , au sein de la belliqueuse nation française, dont l'enthousiasme chevaleresque était plus facile à exciter que celui des Italiens ,
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et dont la prépondérance était déjà grande en Occident.
Bruno ne suivit pas le souverain pontife à ce concile ; mais on y remarqua la présence d'Hugues , évêque de Grenoble , avec qui il n'avait pas cessé d'entretenir des relations de pieuse amitié , et qui était le dépositaire de toutes les pensées les plus intimes de l'illustre fondateur de la Chartreuse. Nous avons dit que ce prélat y obtint justice contre les iniques prétentions de Gui , archevêque de Vienne ; il est probable qu'il joua encore un rôle important dans toutes les grandes discussions qui eurent lieu au concile de Plaisance, et principalement dans celle qui fat relative aux croisades. Sa renommée déjà acquise de sainteté et de sagesse, et sa liaison bien connue avec Bruno > donnèrent nécessairement un grand poids à ses avis au sein de cette auguste assemblée que présidait le chef de Péglise. Pierre Termite et Urbain II proclamèrent, comme on sait , la guerre sainte à ce célèbre concile, etleur brûlante éloquence remua profondément l'immense concours de fidèles que la curiosité ou la foi y avait attirés. « Dieu le veut ! Dieu le veut ! >» s'écria-t-on de toutes parts. Ce cri fut répété successivement dans toutes les parties de la France, et il retentit ensuite dans l'Europe entière , qui bc précipita toute armée sur' F Asie.