CHAPITRE I
encore plus élevé. Dans une vieillesse déjà avancée , il prit en tel dégoût les vanités du siècle , que , sans se laisser arrêter par la faiblesse de l'âge , ni par les habitudes d'une vie luxueuse et délicate , il n'hésita pas à s'associer à la vie religieuse dont saint Bruno venait de créer la règle austère dans le désert de la Chartreuse. Il passa les dernières années de sa vie dans l'exercice des pratiques de la piété la plus fervente , et devint par ses vertus l'objet de la vénération générale. Quand il fut parvenu à l'âge de près de cent ans , et qu'il se sentit près de la fin réservée à toute chair, son fils Hugues , déjà évêque de Grenoble , accourut près de lui , et lui administra de ses propres mains l'extréme-onction et la sainte communion (1 ). Le vieillard centenaire s'humilia devant le jeune dignitaire de l'église , il lui demanda sa bénédiction pastorale et lui donna en retour sa bénédiction paternelle ; puis, fortifié et consolé par les éloquentes exhortations de son fils , il mourut dans la paix du Seigneur.
La mère de saint Hugues , qui se distingua par la plus éminente sainteté , mais qui était restée dans le monde , eut aussi le bonheur de jouir , dans ses derniers moments , de la présence désirée de son fils ; comme son époux
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VIE DE SAINT HUGUES
Odillon , elle reçut de lui les secours divins destinés à adoucir le terrible passage du temps à l'éternité.
Dès ses plus tendres années , dit Dorlande (1 ), saint Hugues avait la sagesse de l'âge mûr ; il se livrait peu aux divertissements bruyants de l'enfance avec ses jeunes camarades , il ne s'adonnait pas à la paresse , ne courait pas après les spectacles , et ne recherchait pas les plaisirs profanes ; mais , comme Jésus-Christ enfant , il aimait à se trouver au temple entre les sages et les docteurs.
Il s'empressa de mettre à profit les sacrifices qu'avaient fait ses parents pour lui donner une instruction libérale et supérieure à son siècle. Il conçut un tel goût pour les lettres que , dans le désir de s'y perfectionner , il s'expatria et alla chercher au loin , dans des universités étrangères , les ressources d'éducation qui manquaient dans son pays.
Au bout de quelques années il revint de ses voyages en rapportant beaucoup d'expérience et de savoir , sans y avoir rien perdu de sa pureté et de sa foi. Peu de temps après son retour il fut pourvu d'un canonicat dans l'église de Valence. Dans celte situation nouvelle , il continua de se conserver exempt de toute souillure ,
(1) Chronicon, p. 31.