CHAPITRE I
quoique forcé de vivre au milieu du monde et dans la société de jeunes gens vicieux et cor* rompus. Fervent dans la prière , assidu aux méditations , exact observateur du jeûne et de l'abstinence , son visage était gai , sa physionomie aimable , son maintien distingué , son abord prévenant , sa conversation facile et brillante ; tout , dans ses manières , respirait l'affabilité et la douceur.
Vers ce temps-là ( en 1 079 ) , l'évêque de Die (1 ) , légat de Grégoire VII , prélat célèbre par l'austérité de ses mœurs , par sa science et par son habileté dans les négociations , vint à passer à Valence , et il y vit le saint dont nous écrivons la vie ; il fut frappé de la noblesse de ses traits, de sa haute stature et de la dignité modeste de son maintien. Il ne tarda pas à s^apercevoir que cet extérieur si distingué et si prévenant n'était que le miroir fidèle des facultés intellectuelles les plus brillantes et des qualités morales les plus élevées. Sa pénétration et son expérience lui firent même découvrir dans le jeune Hugues les indices d'une éminente sainteté , qui ferait un jour la gloire et l'ornement de l'église. Il lui proposa donc, avec la bienveillance la plus affectueuse , de devenir le compagnon des travaux et des combats aposto-
(1) Qui s'appelait aussi Hugues.
VIE DK SAINT HUGUES
llques auxquels il se livrait sous la direction de l'illustre Grégoire VII. Hugues accepta avec reconnaissance une aussi flatteuse proposition , et il suivit son protecteur en qualité de coopérateur ou de vicaire au concile national d'Avignon. C'est là que les députés de l'église de Grenoble vinrent le demander pour évêque au légat , à la place de Ponce II , qui venait de mourir.
Le légat de Grégoire VII s'empressa de déférer à la demande des députés du chapitre de Grenoble. Hugues n'y obtempéra pas avec la même facilité. Outre que son humilité le portait à se juger indigne d'un tel honneur , il connaissait tous les désordres qu'il aurait à réprimer dans son diocèse et tous les obstacles qu'il aurait à surmonter pour y faire le bien. Son prédécesseur , l'évêque Ponce II , à cause du dérèglement de sa conduite et de son trafic des choses saintes , avait été excommunié par le pape Grégoire.
A la faveur du discrédit où était tombé un pareil prélat , Guigues III , comte d'Albon , avait commis de nombreux empiétements sur les droits attachés à l'évêché de Grenoble.
D'autres seigneurs avaient imité son exemple ; les Sassenage avaient usurpé la totalité des revenus des églises de leurs seigneuries , et Pierre de Morestel était allé jusqu'à insulter publi-