‹ Vie de Saint Hughes, évêque de GrenobleChapitre 64 sur 108 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

paiser et à faire place à des sentiments plus raisonnables et plus humains, crut devoir céder aux désirs presque unanimes que ses diocésains lui avaient fait témoigner. Il reparut au milieu de son troupeau après de longues années d'absence , avec ce caractère auguste que les grandes infortunes donnent aux grandes vertus. Des acclamations spontanées éclatèrent sur son passage quand il arriva à Grenoble ; sa rentrée au palais épiscopal ne fut pas furtive et honteuse comme celle d'un fugitif qui rompt son ban , mais elle ressembla à un magnifique triomphe décerné à la sainteté et à l'héroïsme par le respect et l'amour de tout un peuple.

Hugues profita de ces premiers moments d'enthousiasme pour recouvrer les revenus de son église usurpés et confisqués non-seulement par le comte d'Albon, mais par une foule de barons et de seigneurs. Ses deuxième et troisième cartulaires sont remplis d'actes qui contiennent des restitutions de dîmes et autres biens ecclésiastiques sous forme de transactions. La plupart de ces restitutions étaient faites à titre gratuit ou pour des sommes si modiques , qu'il semble qu'elles n'avaient pour objet que de rendre les cessions plus valables.

Je ne ferai pas la fastidieuse énumération de ces actes et des faits particuliers qu'on y trouve mentionnés. Je n'en citerai qu'un seul , qui m'a

paru assez caractéristique des mœurs demi-barbares , demi-chrétiennes, de ces temps reculés : Ponce de Luchaor, comme détenteur injuste de quelques dîmes , se trouvait sous l'interdit, suivant les décrets des conciles. Blessé à mort dans une bataille , il exprima le désir ardent de se réconcilier avec l'église et de lui restituer les biens qu'il avait usurpés sur elle. Ses compagnons d'armes vinrent révéler ce fait à Hugues, et? le lui affirmer par serment (1). Alors le saint évêque consentit à ce que le sire de Luchaor reçût la sépulture ecclésiastique, mais à condition que Nantelme et Gérard, frères de ce seigneur, accomplissant ses dernières volontés , fissent immédiatement l'acte de restitution dont le mourant avait exigé d'eux la promesse.

C'est ainsi qu'après avoir commis des rapines et des brigandages de toute espèce ces guerriers féroces concevaient, en présence de la tombe prête à s'ouvrir , des remords tardifs , mais sincères , qui les portaient à chercher tous les moyens de réparer les fautes de leur vie passée et d'apaiser le courroux d'un Dieu vengeur et tout-puissant.

Guigues d'Albon , qui avait naguères encouragé ces empiétements et ces usurpations de tous

(1; Deuxième carthulairc , act., 86.

Di

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