CHAPITRE IX
heureux Bourdin , qui devint le jouet et la victime (1 ) des vainqueurs ( H 21 ).
Délivré de toute inquiétude comme souverain temporel de la Romagne , Calixte II put employer tous ses soins au grand oeuvre de la pacification générale de la chrétienté. S'il avait , pour atteindre ce but , des obstacles à vaincre , il était , d'un autre côté , secondé par des circonstances qui semblaient le favoriser. D'abord, les partis étaient las de ces discordes sanglantes qui duraient depuis plus de quarante ans , sans qu'ils sussent toujours bien pourquoi ils combattaient. Ensuite le clergé commençait à s'éclairer sur la grande question de la séparation du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel.
Parmi les écrits qui contribuèrent à ramener les esprits sur ce point , dans la voie de la raison et de la vérité , nous devons citer ceux du cardinal Geoffroi de Vendôme , qui fit un traité sur les investitures , remarquable par la sagesse et la profondeur des idées. Il établit dans cet ouvrage que l'investiture par l'anneau et le bâton pastoral était une hérésie , parce qu'un laïque , quelle que soit sa dignité , ne peut pas , sans
(I) Les soldats le firent monter à rebours sur un chameau, tenant en main la queue au lieu de bride et couvert d'une peau de mouton toute sanglante , et ils le promenèrent ainsi dans tout le camp et dans les rues de Borne.
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sacrilège , conférer un sacrement ; mais il soutint que les empereurs ou rois peuvent , après l'élection et la consécration ecclésiastique , conférer au pontife ou évêque l'investiture des biens temporels , et y mettre les conditions qu'il leur plait d'imposer. Il osa s'élever contre l'abus des anathèmes et censures ecclésiastiques , et proclamer que les représentants de l'église ne devaient pas rompre le vase dont ils voulaient ôter la rouille.
Calixte II profita de Teffet qu'avait roduit ce traité , et de la réaction pacifique qui s'opérait dans les esprits pour renouer avec Henri V de nouvelles négociations. Il envoya des députés à Worms pour y conférer avec ce monarque , et préparer les bases d'un traité solennel entre le pontificat et l'empire. Ce traité fut enfin conclu. L'empereur renonça à l'investiture par l'anneau et la crosse; il accorda la liberté des élections et des consécrations ecclésiastiques , et Calixte consentit que l'évêque, après avoir été ainsi élu et consacré , reçût du souverain les régales par le sceptre et lui en fît hommage.
C'est ainsi que le nouveau pape accomplit la mission qui lui avait été donnée par la chrétienté tout entière ; c'est ainsi qu'il réalisa les espérances des Suger et des Bernard.
Les rapports des seigneurs avec les évêques durent partout se ressentir de l'effet moral pro-