CHAPITRE X
âge un magnifique mouvement d'industrialisme religieux , dont le saint-simonisme nous a donné de nos jours une impuissante et ridicule parodie. Il n'a jamais appartenu qu'au christianisme d'imprimer une force vitale à de vastes associations d'ouvriers , et de leur faire produire des œuvres marquées du sceau de 3a grandeur et de son éternité.
Nous n'avons trouvé aucun document positif sur la manière dont fut construit le pont de pierre de Grenoble ; niais la citation que nous venons de faire servira à résoudre le problème historique que nous nous étions posé plus haut. S'il n'y avait pas alors à Grenoble d'association de pontisies , ou pontifes , pontifices , saint Hugues , dans la pénurie de son trésor matériel , dut tirer de son trésor spirituel une ample distribution d'indulgences pour exciter le zèle des ouvriers qu'il employait. Pour rebâtir ce même pont , détruit par l'inondation de 121 9 , le même moyen fut employé avec succès par son successeur , Jean de Sassenage (1) , ainsi que cela résulte d'un mandement que nous avons conservé de cet illustre évêque.
Certes , aujourd'hui , aucune indemnité mo-
(1) Voir la notice sur cet évêque dans la dernière partie de cet ouvrage. Le pont Saint-Hugues occupait remplacement du pont de bois auquel a succédé le pont en ni de fer.
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raie ne saurait remplacer pour des ouvriers les salaires en argent ; les salaires ! cette pierre d'achoppement de l'industrie moderne , cette question qu'on ne pourra plus remuer désormais sans ébranler le corps social jusques dans ses fondements. Autrefois, tous les travailleurs, soit au moyen des confréries , soit au moyen des corporations , étaient disciplinés par la religion ; grâces à elle , les plus nombreuses associations n'offraient que des avantages à ceux qui en faisaient partie , sans avoir de dangers pour la société. Les rapports du maître et de l'ouvrier , loin de se présenter sous des rapports continuellement hostiles, prenaient, sous l'influence de la charité chrétienne , quelque chose de bienveillant et de patriarcal. La domination était sans tyrannie , l'opulence sans orgueil ; l'obéissance et la pauvreté s'ennoblissaient par la résignation. En vérité , nous ne voyons pas quels progrès on a fait faire à la dignité de l'homme et à la sécurité sociale en isolant l'industrie des sages directions du christianisme.
Maintenant on veut que les récompenses religieuses soient nulles ; on n'attache plus de valeur aux titres et aux décorations , cette monnaie de l'ancienne monarchie , si peu coûteuse pour le trésor. On ne demande , on ne donne que de l'argent pour la rétribution de tous les
genres de services. Que Ton ne s'étonne donc pas , que Ton ne se plaigne pas de ce que notre administration est si dispendieuse , notre budget si onéreux , nos impôts si accablants. Les progrès du siècle , en ce genre , s'accroîtront à mesure que s'affaibliront les idées de moralité et d'honneur dans toutes les classes de la société.
Heureusement saint Hugues n'en était pas réduit de son temps à ce seul mobile d'action , et sans faire de grandes dépenses qui auraient dépassé ses facultés , il put non-seulement faire construire un pont de pierre , mais encore des hôpitaux.
Il est hors de doute qu'il avait été établi avant lui , et depuis fort long-temps , un édifice destiné à recevoir les pauvres malades ou infirmes. Dans les premiers temps du christianisme , dès qu'une église avait des biens assurés , elle fondait des maisons de charité , et elle assignait sur les produits de ses terres une dotation annuelle pour les indigents. D'après les décrets de plusieurs conciles , les chanoines devaient donner à cet effet la dîme de leurs revenus.
En récompense , ils avaient la direction de ces établissements et ils choisissaient l'un d'entre eux pour en régler le temporel. Le premier hospice de Grenoble fut construit près de la porte Troine ou Traîne , c'est-à-dire , au bas
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de la Grand'-Rue , domus quœ fuit eleemosynaria ad portant Trioram.... , est de gratianopolit. canonicis ( deuxième cartul. , act. 39 ). Mais soit que ce local ne fût pas commode , soit que les chanoines , dans le temps de leurs désordres , eussent oublié leurs devoirs envers les pauvres , cette maison n'avait pas conservé sa destination première. Saint Hugues en fit construire une autre sur les bords de l'Isère , derrière le palais delphinal , sur le terrain occupé aujourd'hui par la place des Cordeliers. Cet hôpital fut d'abord nommé hôpital de la Madeleine , à cause de son église qui était dédiée à cette sainte. On l'appela plus tard hôpital Saint-Hugues. Il fut administré par un chanoine et deux prêtres. Le chanoine avait le titre de prieur. Cet édifice fut cédé aux frères mineurs à l'époque où le connétable de Lesdiguières s'empara de l'ancienne maison de ces religieux. Enfin il fut démoli au commencement de la révolution de 1 789.
Un autre hospice , destiné aux lépreux , paraît également avoir été fondé au temps des premières croisades,et par conséquent de l'épiscopat de saint Hugues. Depuis les pèlerinages et les expéditions en Palestine , la lèpre avait fait en France d'étonnants ravages. Suivant Mathieu Paris , il y eut en Europe , dans le douzième siècle , jusqu'à dix- neuf mille léproseries ou maladreries. Comme les lépreux devaient tou-
uigitiz