CHAPITRE XI
Influence morale que saint Hugues exerça comme administrateur spirituel. Ses fondations pieuses, son désir de se démettre de l'épiscopat repoussé par Honorius. Visite que lui rend saint Bernard ainsi qu'à Guigues, prieur de Chartreuse. Amitié de saint Hugues pour ce prieur, et libéralités nouvelles obtenues pour la Chartreuse • Réforme du chapitre de saint Maurice en Chablais.
Saint Ambroise aimait uniquement sainte Monique par les rares vertus qu'il voyait en elle, et sainte Monique le chérissait réciproquement comme un ange
de Dieu Oh! qu'il fait bon aimer sur la terre,
comme on aime dans le ciel ! apprendre à s'aimer en ce monde , comme nous nous aimerons éternellement
dans l'autre! Que les ames bienheureuses qui
se chérissent ainsi en Dieu peuvent justement chanter: Oh ! voici combien il est bon el agréable que les frères habitent ensemble ! Oui, car le baume délicieux de la dévotion distille de l'un des cœurs dans l'autre par une continuelle participation
(Saint François de Sales, Inlrod. à la vie dévote, chap. xix, troisième partie.)
Saint Hugues , qui avait pratiqué rigoureusement la vertu de chasteté, au point de pouvoir dire avec vérité qu'il ne connaissait bien aucun autre visage de femme que celui de sa mère , exerça pourtant sur le sexe un immense ascendant , soit par son éloquence , soit par ses vertus. Nous avons vu , dans le cours de cette
VIE DE SAINT HUGUES
histoire , qu'il avait employé l'influence de la princesse M athilde auprès de son mari le comte Guigues pour l'amener à rescipiscence, lui faire restituer les biens de l'église , et rétablir les libertés de la ville de Grenoble. Il usa du même moyen pour engager ce seigneur devenu vieux à faire des donations pieuses à diverses églises et abbayes (1 ). Outre la princesse Mathilde , la comtesse Adélaïde , sœur de Guigues d'Albon , habilement dirigée par les conseils de saint Hugues , employa également avec fruit l'influence de la persuasion sur son frère , pour ramener à la religion ce caractère naturellement altier et féroce. Les femmes de haut rang étaient alors comme des anges de paix destinés à convertir et à civiliser les hommes de leurs familles à demi païens et à demi sauvages. Les insinuantes prédications de Clotilde préparèrent les voies à celles de saint Remy auprès du farouche conquérant des Gaules. Mathilde , et plus tard sa belle-fille , Marguerite d'Albon , furent aussi comme d'utiles messagères du Seigneur pour porter les paroles de ses ministres
(1) Ipse vero cornes tum Mathildis reginœ , uxoris suœ, et Adelaïdœ sororis sues exemplis et suasionibus, ut in quibusdam chartis legitur, multa bona variis ecclesiis cœpit conferre. Le Couiteux , Annales carihusienses , manuscrit, année
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