CHAPITRE X
à leurs époux et à leurs fils , oppresseurs de l'église et du peuple. La religion qui sanctifia si glorieusement la maternité dans Marie devait donner aux femmes une importance toute nouvelle dans les relations de la vie privée , et même , par contre-coup , dans celles de la vie publique. Toutes les pages de notre histoire en font foi , et la régence , cette institution toute moderne , est complètement en dehors de l'esprit de cette antiquité trop vantée, qui fonda sa liberté sur l'esclavage de l'homme et sur rabaissement moral de la femme. Blanche de Castille , tenant le petit Louis IX dans ses bras , n'excitait tant de respect que parce qu'elle rappelait l'image de la vierge de Bethléem soignant une enfance divine , et c'est là une des plus touchantes harmonies que la politique et la religion nous aient offertes dans le moyen âge.
Quelques vieux actes du temps de saint Hugues dont j'écris l'histoire constatent d'une manière curieuse et naïve l'influence pieuse qu'exerça sur Guigues d'Albon la princesse Mathilde. Ainsi , au bas d'une donation faite aux chartreux de Chalais on lit : Signum comitis Guigonis , qui hanc donationem fecit ; signum Mathildis reginœ , qui hanc donationem fieri jussit. C'est bien le comte Guigues qui a fait cette libéralité , mais il est constaté qu'il n'a
fait en cela que déférer à la volonté de son épouse Mathilde.
Le monastère des Portes , près de Lyon T fut enrichi par les libéralités d'Arbertus , militaire , et de son épouse Flandine , d'après les exhortations et les avis de saint Hugues ( I ). On s'aperçoit , dans la teneur de Pacte qui rapporte cette donation , que l'ascendant de Flandine sur son mari fut encore dans cette circonstance un utile appui à l'éloquence du saint prélat (11 60).
Or , ce n'était pas seulement pour faire du bien à l'église que les évêques excitaient les militaires possesseurs de terres et les seigneurs féodaux à se dépouiller en faveur des abbayes d'une partie de leurs propriétés , c'était dans l'intérêt des pauvres serfs qui ne trouvaient pas chez des suzerains voués à l'amour de Dieu cette rudesse et cette rapacité des feudataires laïques , et l'on sait que le bien-être du peuple fut la pensée dominante de saint Hugues dans son administration spirituelle et temporelle.
Aussi ce grand évêque s'attacha à procurer
(1) Hugonisepiscopicommonitu (Le Coulleux, Annal, carthusienses, 1116). L'année précédente saint Hugues avait assisté à leur installation dans le désert des Portes. Portarum quod in eo loco nativœ ipsas rupes, velut manu artiflcis, excisas portas ementirentur. C'était à trois lieues et demie de Belley , diocèse de Lyon.