CHAPITRE xn
de la part d'Innocent II , qui était alors à Valence. Saint Hugues le chargea de demander au souverain pontife de prier pour lui. — « Et » quelle grâce , lui dit Godefroy , désirez-vous » qu'il demande à Dieu pour vous ? >» — « Que » Dieu éteigne en moi , répondit le saint , tout » ce qui est de la terre , et n'y laisse plus vivre » que le feu de son amour. » Un des religieux qui le servaient , le voyant sans cesse verser des larmes et pousser des gémissements , chercha à le soutenir et à lui donner des espérances , en lui disant : « Mais , mon père , pourquoi vous » laisser aller à une si amère désolation , vous )> qui , dans tout le cours de votre existence , » n'avez jamais fait de tort grave à votre pro- » chain ?» — « Que dites- vous , reprit- il sur- » le-champ , ne savez-vous pas que la vanité et » l'ambition , suffiraient pour la perte d'une » ame , sans la miséricorde , infinie que Dieu » accorde au repentir ?
Odolric , évêque de Die , qui avait été prieur de Domêne , chanoine de Grenoble et doyen du chapitre (1), voulut assister aux derniers moments du saint vieillard , dont il s'honorait d'avoir été l'élève , et lui demander avant sa mort l'habit régulier. Quand saint Hugues en-
(1) Major poH episcopatum dignitas. (Voir la liste des doyens du chapitre de Grenoble , à la fin de l'ouvrage.)
VIE DE SAltfî ftlTGCES.
tendit annoncer l'arrivée d'Odolrîc , oubliant toutes ses infirmités , dans l'excès de sa joie , il se précipita presque hors de son lit , courut audevant de lui , l'embrassa avec un vif attendrissement , et lui donna l'habit de chartreux , en lui disant : « Que Dieu te dépouille du vieil » homme et te revête du nouvéau créé suivant sa » sainteté et sa justice. » Puis il se jeta à genoux pour remercier le ciel d'avoir inspiré à son disciple un aussi pieux dessein (1 ).
Les clercs et les laïques , qui , attirés par la vénération que leur inspirait leur évêque , accouraient en foule pour le visiter , recevaient de lui les avis les plus salutaires et les mieux adaptes à leurs positions respectives. Guigues Didier , de Sassenage , l'un des seigneurs les plus puissants après le comte d' Al bon , étant venu , comme tant d'autres , se prosterner aux pieds de son lit pour lui demander sa bénédiction , saint Hugues lui fit de sévères et pathétiques remontrances au sujet d'un impôt onéreux , dont il avait chargé ses vassaux. Guigues Didier fut vivement ému par ces paroles tombées du lit d'un mourant , et pourtant pleines de feu et de véhémence ; il était en même temps stupéfait que le saint évêque , que sa maladie
(1) Odolric moaruten 1145; ses vertus ont rendu sa mémoire précieuse, il a été mis au nombre des saints.