‹ Vie de Saint Hughes, évêque de GrenobleChapitre 96 sur 108 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Conversion du bienheureux Hugues. — Il se retire dans l'abbaye du Miroir. — Ses grandes vertus.— Le diable l'attaque par une violente tentation.

Le saint dont nous écrivons la vie tirait sa naissance de la ville de Lyon (1) , et était neveu de saint Hugues , évéque de Grenoble. Son père et sa mère étaient également illustres par leurs grands biens et par leur noblesse. Son esprit était vif et pénétrant. Il apprenait aisément tout ce qu'on voulait lui montrer ; et quoiqu'il s'avançât beaucoup dans les sciences , il promettait encore de plus grandes choses pour l'avenir. Il avait un oncle, nommé Guerin , abbé de Saint-

(1) Nous croyons qu'ici don Pierre Lenain est tombé dans l'erreur. Le saint abbé de Léonccl et de Bonncvauxabienété élevé à Lyon chez le chanoine Guerin ; mais il est né à Valence, ainsi que cela résulte de plusieurs documents historiques fort anciens et entre autres de la légende du saint tirée du supplément au bréviaire monastique à l'usage des bernardins d'Italie. Voici comment commence cette légende : Hugo, ex urbe Valentia in Gallia narbonemi oriundus sancli Ilugonis epiteopi gratianopolilanensis nepos , sana doctrina magisterio erudilus, sœculum faitidio cœpit. etc.

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Just et chanoine de Lyon ; Guerin l'ayant pris chez lui , il en eut un soin extraordinaire ; il en faisait ses délices et le destinait pour être le successeur de son abbaye et de ses autres bénéfices. Cependant Dieu,dont les yeux sont sans cesse ouverts sur les dangers où se trouvent exposés ses élus , ne voulut pas laisser Hugues toujours en péril de se perdre dans la maison de son oncle, qui lui inspirait plutôt la vanité que l'humilité , et l'amour du monde que l'amour de Jésus-Christ. Ce fut pour ce sujet qu'il lui envoya vers l'année 1138 un religieux de l'abbaye du Miroir de la filiation de Citeaux , lequel étant venu à Lyon , et s étant lié d'amitié avec lui , l'entretenait souvent du mépris que l'on doit faire du monde , de la durée si courte de cette vie , des misères et de la fragilité de la nature humaine , des félicités éternelles et de la gloire des saints dans le ciel.

Hugues écoutait ses discours avec plaisir , et recevait la semence de vie dans un cœur docile. Son ame était comme une cire molle , susceptible de toutes les formes qu'on veut lui donner. Ainsi l'opération du saint Esprit rendant féconde la semence de vie qu'il recevait de la bouche de ce religieux , il ouvrit son cœur à la grâce , et afin de ne la pas rendre inutile , il suivit son conducteur , qui le relirait de la mer du monde par une douce et volontaire violence , pour le faire entrer heureusement dans le port de la solitude.

Cependant son oncle , qui n'avait rien su du dessein de son neveu , ne fut pas peu surpris lorsqu'il apprit qu'il s'était retiré dans un monastère. Comme il ignorait le lieu de sa retraite , il envoya de tous côtés le chercher , et sa douleur ne lui fit rien omettre pour en avoir des nouvelles. Mais tandis qu'il était dans l'inquiétude , son neveu jouissait d'une paix profonde

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en l'abbaye du Miroir. Il y vécut quelque temps en qualité d'hôte ; mais enfin la grâce fortifiant sa faiblesse , et étant soutenu par l'amour de Dieu et par l'espérance des biens infinis qu'il promet à ceux qui le servent , il entra dans les épreuves du noviciat.

Il n'eut pas plus tôt embrassé une vie si sainte qu'il se revêtit de l'esprit de force pour s'élever au-dessus de la faiblesse de son âge et de la délicatesse dans laquelle il avait été nourri. Il se donna à Jésus-Christ dans la plénitude de son cœur. Il voulut le servir avec toute la piété , la religion et la perfection dont il était capable , et il considéra son corps comme un ennemi domestique qui s'opposait au dessein qu'il avait formé de se consacrer entièrement à Jésus-Christ. Ce fut pour ce sujet que, désirant le désarmer, il le réduisit en servitude et l'affligea par des veilles continuelles et par de longues abstinences ; mais en même temps qu'il faisait souffrir son corps , il procurait à son ame de pures et de chastes délices par l'assiduité avec laquelle il s'appliquait à l'oraison ; car c'était là que ne pouvant se lasser de goûter le bonheur incompréhensible qu'il y a de servir Jésus-Christ , il jouissait de ces douceurs ineffables dont il console ceux qui rejettent pour son amour toutes les consolations de la terre.

Il était simple et peu accoutumé aux affaires extérieures , mais plein de lumières et de connaissances pour ce qui regarde les choses spirituelles et divines, et la réputation de sa sainteté se répandit de telle sorte qu'il était en tout lieu la bonne odeur de J.-C.

Cependant le diable, qui ne s'endort jamais pour la perte des élus, et dont la fureur s'irrite principalement contre ceux qui s'efforcent de servir Dieu avec plus de perfection et qu'il prévoit devoir porter par

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leurs exemples les autres à la vertu, ne put voir sans une extrême rage ce novice s'élever comme un astre brillant , et commencer dans la fleur de la jeunesse et dans la faiblesse de l'âge à le fouler aux pieds avec toute sa puissance. Ainsi , Dieu le permettant pour sa perfection , il lui suscita une tentation trèsdangereuse en lui donnant du dégoût de la profession en laquelle il s'était engage , et la lui faisant paraître infiniment au-dessus de ses forces. Ce pauvre novice, qui ne s'attendait pas à une telle épreuve , fut sur le point d'y succomber et de quitter le monastère pour s'en retourner dans le siècle. Mais Dieu eut pitié de ce nouveau soldat de son nom , qui n'avait encore aucune expérience dans ces sortes de combats que nous avons à soutenir contre les esprits de malice. Car comme il pensait déjà céder à la tentation , il entra dans l'église pour y faire sa prière et offrir à Dieu le sacrifice de ses larmes et de ses gémissements. Durant qu'il était en oraison , il éleva les mains au ciel pour en implorer la protection , et dans ce moment Dieu lui fit entendre au fond du cœur ces paroles : a Ayez bon courage ; que votre cœur se fortifie » au Seigneur , et soyez assuré que depuis ce jour » vous ne serez plus attaqué de ces pensées fâcheuses d qui vous troublent. j> Et aussitôt toutes ses tentations se dissipèrent.

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