‹ Vie de Saint Hughes, évêque de GrenobleChapitre 98 sur 108 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Amour du saint pour la pénitence. — Il tombe malade. — Saint Bernard le guérit par ses prières. — Il est fait abbé de Léoncel.— De quelle sorte il conduit ce monastère.

Hugues reçut celte lettre comme lui ayant été envoyée du ciel. Elle lui inspira de nouveaux sentiments pour Dieu , et de nouvelles résolutions de le servir dans la retraite pour tout le reste de ses jours. 11 ne regardait plus derrière loi, comme la femme de Loth ; mais, imitant le saint apôtre, il s'avançait toujours de plus en plus vers Dieu. Jésus-Christ prenait plaisir de demeurer dans son cœur, et ses vertus, comme autant de douces et d'agréables odeurs, le conviaient à y venir se reposer comme dans le lieu de ses délices. Car sa charité était ardente ; il conservait son corps et son ame exempts de tout ce qui en pouvait ternir la pureté , et réprimait ses vices et ses passions par une pénitence rigoureuse , en sorte que , selon le langage de l'écriture , ses mains étaient pleines d'une myrrhe très-excellente.

Mais lorsque son esprit s'engraissait , pour parler ainsi , de mortifications , de jeunes , de veilles et de pénitences , son corps en était si exténué que s'en trouvant enfin accablé il y succomba , jusqu'à ce point qu'il perdit presque la connaissance et la mé-

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moire ; mais saint Bernard étant venu , par une providence particulière de Dieu , dans ce monastère du Miroir , et ayant pris soin de lui , il revint dans peu de temps , et la santé de son corps qu'il venait de recouvrer par les prières du saint plutôt que par les remèdes , lui fut un nouveau motif de s'appliquer en* core davantage à la guérison parfaite des maux de son ame. Plus son corps était faible et délicat , plus son esprit était fort et vigoureux , et sa piété ne pouvant demeurer cachée , il faisait concevoir de grandes espérances de ce qu'il serait un jour.

Cependant Burnon , qui était parent de notre saint et premier abbé du monastère de Léoncel (1) , de la filiation de Bonnevaux , ayant appris de quelle sorte il se conduisait au Miroir , supplia très-instamment l'abbé de cette maison de le lui envoyer , ce qui lui ayant été accordé , Hugues , qui n'était encore que novice , partit où l'obéissance l'appelait. Mais ce changement de lieu n'apporta aucun changement à sa manière de vivre , ni à sa vertu , et il ne combattit pas avec moins de courage contre la chair et le monde qu'il avait fait auparavant. Car plus il avançait en âge , plus il se fortifiait dans la piété.

Il demeura dans ce monastère en qualité de simple religieux depuis Tan de J.-C. 1139 jusqu'en l'année 1162 ; il y vécut dans une piété qui le faisait admirer

(1) Léoncel ou Lioncelle est dans le département de la Drôme, au milieu d'une haute vallée, située dans la partie méridionale des montagnes du Royannais et à cinq ou six lieues à l'est de Valence. L'église, qui est assez remarquable par son architecture , est devenue succursale , et une partie des bâtiments en ruines du monastère a été réservée pour le curé de la paroisse du Chaffal et Léoncel.

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de tous ses frères ; en sorte que Burnon , leur abbé , étant mort , ils le choisirent tous d'un commun accord pour leur supérieur, en présence de l'abbé de Bonnevaux , lequel ne se contentant pas de confirmer son élection , rendit encore à Dieu de grandes actions de grâces de ce qu'il leur avait donné pour père et pour pasteur un religieux si pieux , si honnête et si digne d'amour. Ce nouvel abbé fut béni par le pape même , à cause que lesévéques de Valence et de Die prétendaient, chacun de son côté, que le monastère de Léoncel était de son diocèse et que la bénédiction des abbés de cette maison lui appartenait. Sur cette contestation il fut résolu que Hugues serait béni par Alexandre III , qui se trouvait alors à Montpellier. Ainsi l'y étant allé trouver , il fut reçu de sa sainteté avec de grands témoignagnes d'estime et de considération. Le pape lui accorda la grâce qu'il lui demandait , et il le bénit lui-môme avec beaucoup de solennité.

Hugues ayant reçu en cette manière la direction de cette maison , il s'acquitta de ses obligations avec tant de fidélité qu'il fit bien voir que ce n'était pas les hommes , mais Dieu même qui l'avait choisi. Il continua ses pratiques ordinaires de piété et de dévotion. Il avait Dieu sans cesse devant les yeux. Il conservait un souvenir continuel de sa présence et ne perdait jamais de vue ce jour terrible auquel le souverain juge devait examiner la moindre de ses actions devant son tribunal redoutable. Tous ses désirs tendaient à Dieu , et toute l'ardeur de son cœur se portait vers les biens éternels. Il s'exerçait de telle sorte dans les occupations de Marthe , selon les devoirs de son ministère , qu'il n'abandonnait jamais le repos et la contemplation de Marie. Souvent lorsqu'il pensait pren-

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dre un peu de nourriture, il était tellement ravi en Dieu et élevé hors de lui , qu'il oubliait de donner à la nature ce qui lui était nécessaire. Autant qu'il le pouvait il se tenait seul , et tout recueilli en lui-même , s'abimant en ces heureux moments dans la prière et dans la pensée de l'éternité. 11 avait un soin particulier de pourvoir à tout ce qui pouvait être utile à ceux qui étaient sous sa conduite pour le temporel aussi bien que pour le spirituel. Il s'appliquait à les faire vivre les uns et les autres dans une grande honnêteté et dans une piété exemplaire , et il ne cessait point de les animer non-seulement par sa parole , mais encore par ses actions. Il établit parmi eux une régularité parfaite et les assujettit à une discipline exacte , retenant leurs corps et leurs esprits dans des bornes étroites , afin qu'ils n'eussent pas la liberté de laisser égarer l'un et l'autre. Il leur expliquait les divines écritures avec beaucoup de lumières et de sagesse. Il leur remettait devant les yeux les vies des saints pères , afin d'exciter les lâches à s'avancer dans la vertu , de soutenir les faibles , de fortifier ceux qui manquaient de courage et de faire marcher plus vite dans la voie de Dieu ceux qui s'élevaient avec ardeur à la perfection de leur état.

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