‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 103 sur 322 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

« que c'est, pour que je m'en accuse & m'en corrige. » Et la voix de lui rappeler alors certaine faute, qu'aussitôt il reconnaît avoir en effet commise. On mande le seigneur abbé, qui se rend sans retard à l'infirmerie & entend la confession du bon vieillard. Peu de jours après, celui-ci s'endormait dans la paix. Assurément lorsqu'il a raconté ce trait, & lui seul pouvait le faire, ce bon moine a pu être admis comme témoin non suspefl ; son humilité garantissait sa véracité. Saint Pierre Damien en juge ainsi, & c'est lui qui nous a fait ce récit, Nous saisissons là un des côtés les plus importants du ministère de salut exercé par Hugues de Cluny au milieu de son troupeau, c'est à dire l'administration des sacrements. C'est le moyen par excellence, institué par le Seigneur luimême, pour faire circuler la vie surnaturelle dans les membres de l'Église, qui est son corps mystique. On voit avec quelle confiance pleine de simplicité les moines venaient demander ces eaux vives à celui que la Providence leur avait donné pour pasteur. A ce moyen divin de sanctification, aux soins que prenait le seigneur abbé de nourrir l'âme de ses moines par la double doftrine de l'enseignement & de l'exemple, ajoutons une troisième considération : celle de la communion des mérites entre le chef & les membres. C'est un dogme dans l'Église catholique; mais dans une agrégation de membres aussi étroitement unis que le sont ceux d'im monastère, cette communion agit encore avec plus d'énergie. Lors donc que le chef se trouve être un saint du plus haut vol, quelle richesse de vie surnaturelle ne découle pas de lui sur toutes les parties de ce corps, « comme le « parfum qui descend de la tête du grand-prêtre sur tous <\ ses membres, & jusqu'à la frange de son vêtement sacerdo- « tal(i)? » Il en était ainsi à Cluny; & nous allons faire connaître quelque chose des manifestations de vie surnaturelle qui s'y produisaient; cela achèvera de nous faire apprécier la puissance de la source féconde « que la grâce du « Saint Esprit avait ouverte au cœur du saint abbé. »

(l) l's. CXXXII, 2.

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