CHAPITRE XI
Mais voici d'autres noms qui sont ceux de véritables saints, dont Cluny conserva & honora les reliques, & auxquels rOrdre rendit un culte liturgique. C'est d'abord Udalric, venu de Ratisbonne en même temps que Gérald. Ce fut lui qui porta l'observance clunisienne au delà du Rhin dans le Brisgau & la Forêt-Noire, lui qui la rendit stable dans la célèbre abbaye d'Hirschau, en rédigeant à nouveau pour le saint abbé Guillaume les coutumes que Bernard avait codifiées à Cluny, Durant son séjour à l'abbaye, Udalric donna l'exemple des plus hautes vertus jointes à une science consommée des choses de Dieu; & Hugues voulut partager avec lui le soin d'administrer à ses novices le sacrement de pénitence. Beaucoup d'entre eux venaient lui demander de bons conseils, lui découvrir leurs tentations, recevoir ses avis. On le surnommait volontiers te « guide des novices », à cause de l'affeftion toute particulière qu'il leur témoignait, & du soin spécial qu'il prenait d'affermir leurs premiers pas dans la vie religieuse. Il entretenait une correspondance assez suivie avec des abbés & des monastères, correspondance toute consacrée à la science des voies spirituelles. Mais comme dans les réunions les plus saintes il peut toujours se trouver des pharisiens, Hugues de Cluny en avait autour de lui, entre autres un certain moine Hunald, & probablement ce Robert qui causera plus tard une cruelle déception au saint abbé. Ces meneurs s'élevèrent donc avec tant de persistance contre la liberté dont usait Udalric pour cette correspondance que cela devint affaire de chapitre. Mais Hugues savait à quoi s'en tenir, & renvoya absous l'accusé dont il connaissait la vertu & les services. Plus d'une fois, il exerça à dessein la patience du saint moine ; mais il ne se séparait guère de lui, & lui témoignait la plus grande confiance. Un jour, Hugues songeait à quelque voyage, qui semblait nécessaire dans rintérêt de l'Ordre. Tout le chapitre étant de cet avis, l'abbé de Cluny se décidait à se mettre en route pour l'étranger. Seul Udalric était d'un sentiment contraire; il s'en ouvrit humblement à son abbé, qui, dit le biographe, « ne fut pas « difficile à convaincre. » Nous savons en effet s'il aimait
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les affaires de ce genre. La nuit même qui suivit cet entretien, Hugues eut un songe, dans lequel il se voyait brusquement arracher ses vêtements ; mais Udalric s'approchait aussitôt & réparait le dommage. Dès le matin, le saint abbé fit appeler son fidèle conseiller, & lui exposant son rêve de la nuit, se réjouit avec lui d'avoir acquiescé à son avis, tandis qu'en suivant le sentiment général des autres frères, il eût certainement couru quelque danger. En une autre circonstance, Udalric reçut encore une marque de la confiance de son abbé, qui voulut lui remettre en partie le soin de la direftion spirituelle de Marcigny, de concert avec Renchon(i). Mais il ne put la conserver longtemps, à cause de ses infirmités. Plus tard, il eut mission de diriger successivement les nouveaux monastères au delà du Rhin & celui de Payerne. Les miracles se multiplièrent autour de lui, & ses vertus répandirent le parfum le plus salutaire dans ces contrées. A côté du monastère qui prit plus tard de lui le nom de la Celle Saint- Udalric, il avait fondé le monastère de Boleswiller pour des moniales.
Deux ans avant sa mort, Udalric eut à supporter sa dernière épreuve, celle de la cécité. Il l'endura avec la même patience forte & simple qui avait été le caraftère principal de toute sa vie. Bientôt il tomba malade; Hugues, en apprenant ces nouvelles, envoya vers llii le moine Cunon, qui avait été le fidèle compagnon d'Udalric dans ses fondations d'outre- Rhin. Cunon était chargé de ramener le saint homme à Cluny, où l'abbé Hugues voulait lui ménager la paix des derniers jours. Mais Udalric ne voulut pas abandonner son monastère de la Forêt-Noire. Il l'avait fondé, il l'avait aimé durant sa vie ; & il demandait à y mourir. Cunon rapporta
(i) C'est ainsi seulement que nous pouvons accorder le récit des Àâa SS.f qui lui attribue la fon<ftion de diredeur spirituel de Marcigny, avec le travail des Bénédictins préparé pour le Galba Christiana. (Voir Cucherat, Cluny au XI^ siècle, p. 263.) Ce travail, fait sur des documents authentiques à Marcigny même, déclare que Renchon resta en fondion de 1061 jusqu'à 1103. 11 faut donc dire qu'Udalric fut seulement son second durant quelque temps, car en 1 103 il était mort loin de Cluny.