‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 109 sur 322 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

prendre des mesures pour leur obtenir des prières. Jadis, lorsqu'un frère était mort à Cluny, les habits qu'il laissait étaient distribués aux autres frères selon le besoin. Désormais ils seront réservés pour être donnés à un novice que Ton recevra pour Tâme du défunt (i), sans préjudice des aumônes déjà en usage, & faites à la même intention. Dans quelques années Hugues va délivrer Tâme de Durand, jadis son disciple, & aujourd'hui archevêque de Toulouse, en faisant accomplir par sept de ses moines une œuvre pie, en la manière que nous avons dite au début de cette histoire. Ne nous étonnons donc pas^ encore une fois, que Dieu permît aux âmes souffrantes de réclamer, directement ou par intermédiaire, les prières du saint abbé & de ses moines, qu'elles savaient con pâtissants à leurs peines.

Il arriva donc un jour qu'un religieux vint à mourir. C'était durant l'après-midi. Son dernier soupir s'exhala au milieu des prières de tous ses frères, & entre les bras de son père abbé, qui lui faisait baiser le crucifix. Selon la coutume, des frères convers apportèrent la croix, les flambeaux, l'eau bénite ; & l'on porta processionnellement le corps du défunt dans un petit édicule attenant au cloître. Là plusieurs frères le déposèrent sur une table de pierre (2), & le lavèrent avec

commémoration annuelle de tous les moines défunts de l'Ordre de Cluny depuis la fondation du monastère, & aussi des moniales de Marcigny. Nous donnons aux Documents l'aâe dressé par lui la première année de son gouvernement, soit Tan 1109, l'année même de la mort de saint Hugues. Nous l'empruntons aux Miscelîanea de Baluze (t. VI, p. 497).

(1) Or do Cluniac, cap. xxiv. — Dans le tome XXXI V de la colle<ftion Moreau (Bibl. Nat.), à la page 43, se trouve une pièce attestant l'admission d'un moine afin qu'il prie pour l'âme d'un défunt. Cet ade est de Tannée 1083. Pareille chose se retrouve aussi dans une charte concernant Marcigny, & dressée à Cluny l'an iioo. (Même colleét. t. XXXIX, p. 231.)

(2) Au xviu* siècle, Lebrun-Desmarettes l'a décrite ainsi : « Une pierre longue de six ou sept pieds, creusée environ de sept ou huit pouces de profondeur, avec un oreiller de pierre qui est d'une même pièce que l'auge ; & un trou au bout du côté des pieds, par où s'écoulait l'eau après qu'on avait lavé le mort... Ce lavatoire était autrefois dans un enfoncement qui se voit encore en dehors, & tenant à la porte de la grande infirmerie à

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respeft, au milieu de la fumée de Tencens, tandis que sous le cloître le chœur psalmodiait un petit office approprié à cette cérémonie funéraire. Puis on revêtit le corps, & on le mit au cercueil, après avoir cousu le capuce de façon à cacher le visage. Après quoi il fut porté dans Toratoire de Notre-Dame. Au pied de la croix & à la clarté des cierges, il devait rester toute la nuit sous la garde des frères, qui, partagés en deux chœurs, récitaient les psaumes autour de lui. Dès le matin, les enfants du monastère vinrent avec leur maître, & s'acquittèrent à leur tour de ce devoir fraternel. A ce moment la communauté entrait au chapitre pour y terminer rheure de Prime. L'office achevé, deux des frères se levèrent simultanément, demandant la permission de parler devant tout le monde. Le seigneur abbé donna d'abord la parole à l'un des deux, qui se nommait Gozechin & paraît avoir été alors prieur (i) : « J'ai vu, dit celui-ci, j'ai vu cette « nuit notre frère, dont le corps repose en l'oratoire. Nous « savons qu'il fut un des aides du sacristain. Or il est venu « tout triste me dire qu'il avait à répondre d'une faute au «tribunal de Dieu. Cette faute consiste à avoir dépensé deux « sous (2) sans la permission du sacristain. Aussi doit-il être « condamné s'il n'obtient sa grâce par le secours charitable du « seigneur abbé, par la prière & les expiations que les frères « offriront pour lui. Il peut espérer encore; car s'il a confessé « trop tard sa faute, au moins l'aura-t-il fait avant sa sépul- « ture(3). » L'autre frère déclara alors n'avoir plus rien à dire,

main gauche. » (Voyages liturgiques de France y par le sieur de Moléon, pp. 151, 152. Paris, 17 18.) La cérémonie que nous venons de décrire est empruntée à VOrdo Cluniacensis, cap. xxiv. (i) Mabillon, AnnaL Bened, t. IV, 622.

(2) On sait que ce mot désignait alors une monnaie d'une valeur plus considérable qu'aujourd'hui. Mais la monnaie de Cluny étant particulière & frappée par l'abbaye même, en vertu de son privilège, nous ne pouvons fixer cette valeur.

(3) Par beaucoup de visions & de révélations des plus grands saints, on voit que l'instant de la sépulture est un moment fort important pour l'àme en l'autre vie; c'est alors en effet que, la terre tombant sur les restes mortels, l'humiliation de la mort est complète. Jusque-là, la sentence

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