CHAPITRE XV
« ceux qui se séparent eux-mêmes du troupeau du « Christ (i)? » Et lorsqu'il explique sa pensée, le saint Pontife s'appuie explicitement sur tous les monuments que lui fournissent la tradition catholique & l'histoire de l'Eglise. Après lui, & jusqu'à nos temps modernes, l'enseignement catholique n'a pas été différent. Honorius III le rappelait à Louis VII de France; Innocent 11 arrachait à Frédéric II la couronne impériale ; Innocent III écrivait : « Nous ne préten- « dons pas à une juridiftion civile ; mais Notre légitime pré- « tention est de juger des péchés , & cette censure Nous ap- « partient ; Nous pouvons & Nous devons l'exercer envers « & contre tout homme, quel qu'il soit; »& au roi Philippe- Auguste : « Il n'est pas un homme de bon sens qui doute « de Notre pouvoir pour juger de ce qui regarde le salut ou « la perte des âmes. Et pouvons-Nous considérer comme ne « méritant pas l'éternelle damnation le soin d'entretenir la « discorde , les violences faites aux chrétiens , la destruction « des maisons religieuses, le pillage des biens qui doivent « subvenir aux besoins des religieux ... ? Certes, si la parole <ç de Dieu restait enchaînée dans Notre bouche devant un tel « speftacle, on pourrait bien justement Nous appeler chiens « muets , & le sang de tant de milHers d'hommes retombé- « rait certainement sur Notre tête . . . (2). » Faut-il rappeler la sentence d'excommunication & de déchéance prononcée contre Henri VIII d'Angleterre? Mais ici nous touchons à un éléni'ent ' nouveau de la question, qui est la soumission plus ou moihs grande des peuples à la parole pontificale en raîson du degré plus ou moins élevé de christianisme qui entre dans là constitution des sociétés! C'est là en effet qu'il fôut chercher la raison qui empêche les Papes des temps moderrtes d'ilser du pouvoir qu'exercèrent silr les princes' de ia terre ceux'qûi lès 'ont précédés sur le Sièg€ de Pierre. LeWrpdu- Voir éSt'le' même aujourd'hui qu'autrefois, & bien souvent
(l) Epts't. llD. VÀI, XXI.'
(2) Ap. Migne, t. CCXV, p. 175. Cf. Prima colka. Décrétai, t. II & III, ap. Migne, t. CCXVI, col. 1175. ' • •
de nos jours les princes ne méritent que trop d'en ressentir les justes effets. Mais à quoi bon promulguer une sentence qui ne serait pas exécutée? Les peuples ne sont plus chrétiens, la loi des sociétés est fondée en dehors du christianisme ; non seulement elles n'obéiraient plus à la parole du Souverain Pontife , mais elles ne la comprendraient même plus. Leur mépris pour elle ajouterait à leurs crimes un crime de plus.
Tout ce que nous venons de dire, si simple que ce soit pour un chrétien qui vit de l'Évangile, paraîtrait étrange, presque insensé, même à la plupart des hommeis instruits de notre temps, même à beaucoup de catholiques. Ils en sont réduits à chercher une explication du pouvoir exercé jadis par le Pontife romain sur les couronnes dans des conventions conclues avec les différents royaumes, à qui avaient un tout autre but. Elles étaient destinées à placer ces royaumes vis à vis de la Papauté dans les rapports de vassaux à suzerain, leur assurant aîrisi toUs les bénéfices de la vassalité féodale en échange d'obligations presque nominales: Le droit de saint Pierre sur lés rois de la terre avait un Tondément plus profond •& plus solide, qui était la mission de lier &■ de délier en ce monde, explldtement donnée par le
Seigneur au Prince des Apôtres, sans exception de personne, sans réseiVe d'aucune chose intéressant Tordre spirituel. Boniface VIII n'eut pas' d'autre but, en fulminant la bulle Unam sanâam, que de rappeler & de prouver ^tette' vérité déjà obscurcie aU sein d'unie société qui s'élbîgnàît dé là loi chrétienne. Au temps tie sairit<irégoire Vil) « la foi était <^ la maîtresse des âmes;' àifiiisfic ennemis recbfinaisialèrit « son ertipîre. On pouvait contester les personnel ;'l'é "pôua voir était respecté même dé' ieuk (îiùl en recevii^ri^ Mes « coups(î). » Lès 'exceptions à cfettë' règle fcommèhçîài'erttj il est vrai, â àé'Warifféster, maîi c'êt^ft ehcoii^ le petit ndriibré-; « en général, l'état social était en harmonie parfaite avec le
(i) R'"^ Dom Charles Couturier, ahbé'dcSùlèiri^ts/Dîsècnlh'prJnokcê pour U yill^ centenaire de saint Grégoiré^ yi!\ d^mài /S^^, pC VtfJ'' ' '^ ^* >