CHAPITRE XV
^pouvoir social dans rEglise(i).» Les fidèles Saxons venaient d'en donner magnifiquement la formule. Ils écrivaient à leur roi, Henri de Germanie : <c Les Saxons portent le titre « de chrétiens, & ils ne veulent pas le souiller par des rap- « ports avec un homme qui trahit si ignominieusement la « foi du Christ. Si tu veux les réduire par la force des armes, « les armes ne leur manqueront non plus qu'à toi,- &. ils « sauront s'en servir. Us t'ont prêté serment de fidélité ; ils « rempliront donc leurs engagements tant que tu seras roi «pour édifier l'Eglise & non pour la ruiner, tant que tu « gouverneras conformément à la justice, aux lois, aux cou- « tûmes de leurs ancêtres, tant que tu conserveras à chacun « son rang, sa dignité & sts droits. Mais si tu romps ce « pafte, ils ne seront plus liés par aucun serment.; ils au- « ront le droit de te faire la guerre comme à un barbare, à « un oppresseur, ennemi du nom du Christ. Et tant qu^ils « auront un souffle de vie, ils ne cesseront de combattre « pour l'Église de Dieu, .la, foi de Jésus-Çhrist, & leur proprç « liberté.(2). » . . /:;..,
Ces vrais chrétiens comprenaient ce qu'était la foi, & i!$ n'entendaient pas le droit <i'un peupjesocialeraeint chrétien autrement que le Pontife romain ,. auquel était dévolue, la sanftion de ce droit, «en vertu de la pî^role -q^iiafondé « TEglise (3).>> Avant saint Grégoire y II, AlexandreU, touchajit à ses derniers jours, avait déjà canpniquement cité à camper raître le tyran de Germa;iie, coupablç de vendre les évechés fif les abbayes,, d'attenter à la sainteté des loi.3 4u mariage, & 4e mille autres crimes encore. Çjfégoïrt p'urg€a.;p^ tout d'abord cçttp citation^ ,Msa c(e .ménageaientS) temporisa, Mîais enfjq il dut s^e, .résoudre à ;une lutte •douloureuse. H y-aJUait de. là. constitution, mên;ie de l'Eg|ise,.dont l'ordre, hijérarchique se troijvait exposé. à, un bojuleversement.par/ la priétiention qM,>tfichaient; c}pj4 c^r^aine^s/ gefjs ; de .spuSïtrsire |e rpi /de
(1) Ibid,
(2) Yoigt OK€ff)ire W/, .t. I, p. 397. .... . • . . li ;; ( ; ;
(3)Dom,Co^turjôr^/pc..ç//. rv 14. ,^, . \.\ \ \ . •
Germanie au pouvoir de lier & de délier confié au Prince des Apôtres (i). C'était vouloir établir dans TEglise deux principats, indépendants Tun de l'autre ou même ennemis; Boniface VIII dira plus tard que c'est Thérésie manichéenne qu'on voudrait infuser dans l'organisme de l'Eglise. Et qui pourrait dire que dès le XI® siècle il n'y avait pas là un résultat de la sourde influence exercée par le manichéisme, dont on avait, depuis un demi-siècle, signalé Tintroduftion dans l'Europe occidentale? On comprend mieux, d'après cela, toute la profondeur des angoisses que le saint Pontife Grégoire VII ressentait durant ces années terribles, où il fallait que l'Eglise fît appel à ses plus intimes énergies pour résister à la tempête, en recourant à la charte divine de sa fondation. Le corps mystique du Christ avait à réagir contre un effrayant désordre qui faisait frémir tout son organisme. Quelle souffrance pour le Vicaire de Jésus-Christ ! Ceux qui redoutent les txcès du pouvoir apostolique en pareille matière n'ont jamais compris les lettres que saint Grégoire VII écrivait par exemple à l'abbé de Cluny ou à saint Anselme. Ils ne savent pas ou ils oublient que le successeur de saint Pierre aime à prêcher toujours la doctrine du Prince des Apôtres : « Soyez soumis à toute créature pour Dieu, soit « au roi à cause de sa dignité souveraine, soit aux autres « chefs, parce qu'ils sont envoyés de Dieu pour punir les mé- « chants & soutenir les bons (2). » Ces révolutionnaires, conservateurs ou non, ont-ils jamais regardé l'Eglise traiter le principat terrestre avec toutes sortes d'honneurs dans les occasions les plus solennelles, c'est à dire dans sa liturgie, lorsqu'elle s'adresse à Dieu même? Alors ils auraient vu quel caractère sacré elle reconnaissait ainsi. Saint Pierre voulait le respeft même pour les princes païens; l'Eglise veut des honneurs pour les princes devenus chrétiens. Aussi n'est-ce qu'à la dernière extrémité qu'elle se décide à prononcer que, si l'on doit respecter le prince & ses ministres, c'est « pour
(i) S. Greg. Epist. ad Herimannum, lib. IV, ii. (2) I Petr. H, 13.