CHAPITRE I
teaux^ & fondateurs en m ^ de l'abbaye de La Ferté ; puis Alix de Vergy, duchesse de Bourgogne par son mariage avec Eudes III à la fin du XI^ siècle. La famille de Mont- Saint-Jean était alliée' à la maison de Vergy. A l'époque même qui nous occupe, Enzelin de Vergy était archidiacre d'Autun; & il venait de fonder la collégiale de Saint-Denys de Vergy, que dix ans plus tard il donnait au chapitre de Saint-Symphorien d'Autun, signant cet ade en sa nouvelle qualité d'évêque de Paris (i).
Ne devions-nous pas donner ces quelques explications, puisque, selon la pensée de saint Ambroise(2), l'Écriture nous enseigne à ne point faire aller l'éloge des saints sans celui de leurs ancêtres, pour que l'on voie plus clairement dans les aâes des héros de la foi toute la valeur de l'héritage sans tache que leurs aïeux leur ont légué avec le sang ? Déjà en 1024 Erembor & Dalmace avaient une fille nommée Alix, plus tard duchesse de Bourgogne, lorsque la comtesse donna le jour à un fils, sur la tête duquel Dalmace plaça aussitôt ses légitimes espérances. C'était son fils aîné, c'est à dire celui qui devait hériter non seulement de ses droits, mais plus encore de son nom & de son honneur. Il comptait donc bien qu'un jour cet enfant deviendrait par ses exemples &ses leçons un preux chevalier. Or Dalmace n'entendait. pas les choses à demi sur ce point, autant par caraftère personnel que par obligation de naissance. Un des biographes de saint Hugues rend au comte ce témoignage :
Natn pâtre Dalmatio nil clarius edidit unquam, ' Ni quia plus nimio bella sequi voluit {}).
Plus noble enfant n'aurait eu la Bourgogne, Si n'eût aimé par trop à guerroyer.
Celui qui parie ainsi était de la famille même ; on peut donc l'en croire.
Mais si telles étaient les vues du comte de Semur, la
(1) Cartulaire de T Eglise d'Autun, p. 22.
(2) Comment, in Lucam, lib. I.
(3) Rainald, Synopsis vitce metrica, Bolland. p. 654.
comtesse Erembor avait d'autres pensées. Sentant son heure approcher, la jeune & pieuse dame s'était adressée à Dieu. Sur sa demande un prêtre que tout le pays vénérait pour sa sainteté avait offert le Saint Sacrifice afin d'attirer la bénédiftion divine sur cette nouvelle naissance (i). Et voilà que l'homme de Dieu, priant avec ferveur, avait vu paraître dans le calice l'image d'un petit enfant brillant d'une lumière admirable. Après avoir quitté l'autel, il était venu trouver la dame de Semur, afin de la fortifier par le récit de cette faveur céleste. Mais à son arrivée au château, il avait appris l'heureuse délivrance de la comtesse. Par conséquent la vision & la naissance de l'enfant avaient eu lieu à la même heure; il n'y avait donc pas de doute qu'il existât une relation entre les deux faits. Le Seigneur avait évidemment voulu répondre ainsi à l'afte de foi de la comtesse, & celle-ci le comprit. Dès lors ses vues sur ce nouveau-né se tournèrent vers un but fort différent de celui auquel visait son mari; elle se prit à souhaiter que son petit Hugues devînt un jour le ministre du Sanâuaire, qu'il eût en partage l'héritage du Seigneur, plutôt que la puissance de ce monde. Nous qui verrons se dérouler la vie de ce prédestiné, nous pourrons pénétrer plus avant le sens de la grâce singulière accordée aux prières de la comtesse. Deux saints moines l'avaient presque expliquée depuis plus d'un siècle lorsque l'enfant naquit. Saint Odon, abbé de Cluny, citant saint Paschase Radbert, avait dit : « Les fléaux & les infirmités « se multiplieraient moins parmi nous, si tous recevaient « comme ils le doivent la sainte Eucharistie (2). » Or cet enfant dont la venue était ainsi accompagnée d'un prodige accompli à l'autel, & jusque dans le calice du Seigneur, devait être toute sa vie l'adversaire des clercs indignes ; son existence devait être consacrée dans la plus large mesure à conserver la pureté du Sanftuaire & à sauvegarder la beauté
(i)Gilon précise, il dit : « Qyemdam suorum Dei sacerdotem, » en sorte que cela fait allusion à quelqu'un des chapelains que le seigneur de Semur avait établis pour desservir Téglise paroissiale de Saint-Hilaire.
(2) S. Odon, Collât, lib. 111, 31.