CHAPITRE I
de rÉpouse du Christ. Il devait se donner sans réserve à cette tâche redoutable, & comme le dit de lui plus tard Pierrele-Vénérable, s'immoler de toutes manières en y travaillant (i). Cette naissance était donc un événement heureux pour la chrétienté entière, puisque cet enfant devait contribuer à détourner d'elle les maux qu'attire toujours sur les peuples la profanation de la très sainte Eucharistie.
Le jour du baptême arriva. L'enfant fut porté à l'église de Saint-Hilaire, accompagné du cortège des dames « qui allaient « devant, toutes rieuses, & des chevaliers vêtus à la nouvelle « guise, marchant derrière les dames, deux par deux (2).» Sur les fonts du baptême le fils aîné du comte de Semur reçut le nom de Hugues. Cela nous inclinerait à croire que le parrain du nouveau-né fut son grand-oncle paternel, Hugues, évêque d'Auxerre & comte de Châlon; car d'une part c'était alors la coutume, sauf exceptions motivées, que le parrain donnât à son filleul son propre nomf(^); d'autre part nous verrons bientôt Dalmace de Semur confier son aîné à ce même évêque d'Auxerre. Or, le comte avait voulu faire lui-même l'éducation de son fils; il est donc évident qu'il ne pouvait vouloir désormais s'en remettre à un autre qu'au parrain, dont les obligations envers son filleul étaient contraftées au baptême, sanctionnées par l'Église (4), & pleinement reconnues par les coutumes de ces temps chrétiens.
Hugues sera donc le nom de cet enfant dont nous commençons l'histoire, & par lui ce nom brillera un
(i) « Praesignat hostia futuram hostiam. » Rhythmus de S. Hugone» BihU Cluniac. col. 465.
(2) Léon Gautier» la Chevalerie, p. 108.
(}) Ibid, p. 113. L'exception que note l'auteur de la Chevalerie en ce qui concerne les personnes ecclésiastiques ne parait pas s'appuyer sur des preuves assez nombreuses pour qu'on y doive trouver une coutume générale relative aux parrains qui étaient d'église. Nous pouvons même citer l'exemple de Thierry, abbé de Jumièges, qui en 1058 leva des fonts du baptême celui qui devait être le bienheureux Thierry, abbé de Saint- Evroul, & lui donna son nom. (Aéia SS. O. 5. B, Saec. VI, P. 11, p. 127.)
(4) V. RituaU Romanum, de Sacramento Baptismi, de Patrinis.
jour au catalogue des Saints. En attendant, le petit Hugues commence à grandir au logis paternel, & voit bientôt se grouper autour de lui quatre frères & une autre sœur. Les frères s'appelaient Geoffroy, André, Dalmace & Jocerand (i), la petite sœur se nommait Hermengarde (2). C'est au milieu de cette famille que les grâces du baptême allèrent se développant chez rhéritier de Semur, sous l'influence toute chrétienne de l'éducation reçue au foyer paternel. La famille était alors étroitement unie; les enfants recevaient surtout de leur mère ce qu'ils devaient apprendre durant leurs premières années. La foi, qui était l'âme de la thevalerie, imprégnait toute la vie domestique ; & les vertus infuses par le baptême dans l'âme de l'enfant pouvaient s'épanouir dans cette féconde atmosphère, où les exemples & les préceptes maternels façonnaient sans qu'elle s'en doutât cette petite âme de chrétien. Un érudit, qui est aussi un homme de foi, a fait revivre de nos jours, en des pages pleines de charme, ces leçons qui tombaient des lèvres de la châtelaine au cœur de son enfant (3). Nous pouvons penser avec quel soin & quel amour la pieuse comtesse Erembor cultivait la plante précieuse qu'elle destinait à orner le jardin du Seigneur. Ce fut d'elle que le petit Hugues apprit les prières & les psaumes qui se gravèrent profondément dans sa mémoire, au témoignage de son biographe. Il ne paraît pas que les châtelains de Semur aient jamais voulu partager l'éducation de ce fils avec un précepteur étranger, ainsi que cela se faisait très souvent. Ils se chargèrent eux-mêmes d'instruire leur aîné, que la grâce & la nature s'accordaient à diriger vers Notre-Seigneur.
A quelle époque le sacrement de l'Eucharistie commençat-il d'échauffer & de mûrir ce rejeton, sur lequel tombait ainsi la rosée bienfaisante de l'éducation maternelle? De très bonne heure sans doute. Généralement les historiens du moyen-
(i) Cucherat, Cluny au XI* siècle, p. 57 (4* éd.).
(2) Ibid, p. 90.
(3) Léon Gautiefi la CbevàUrie, p. 132 & suiv.