‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 140 sur 322 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

il venait siéger dans les conciles , ou bien se trouvait revêtu d'une légation apostolique. Ces deux cas exceptés, dans le cours ordinaire des choses, il pouvait prendre pour lui un rôle moins redoutable aux ennemis de TEglise, mais tout aussi utile à la Papauté, c'est à dire le rôle de consolateur miséricordieux , amenant les égarés à résipiscence , & les réconciliant avec le père commun des fidèles & avec l'Eglise. Il fut pour eux ce trésor incomparable que l'Ecriture conseille de rechercher, virum sanStum observantem timoretn Dei, cujus anima est secundum animant tuam, qui, cum titubaveris in tenebris, condolebit tibi{\). La Providence l'avait créé pour cette aftion bienfaisante ; & déjà nous avons vu ses succès, comme aussi quelquefois ses revers. Mais enfin, lui, serviteur fidèle & éprouvé de l'Eglise romaine, pouvait faire , & faisait en effet, les avances auxquelles le Saint-Père ou même les évêques gémissaient souvent de ne pouvoir se prêter. La règle bénédictine avait là son influence. N'enseigne-t-elle pas que, là où l'abbé ne peut compromettre sorr autorité en allant lui-même au devant d'un repentir qui tarde à se manifester par des aftes, il doit agir par quelque ancien , dont le rôle est de consoler l'affligé , pour l'amener doucement à se soumettre & à implorer le pardon du père de famille (2)? Sur un plus vaste théâtre, ce fut ce que l'abbé Hugues de Cluny fit toute sa vie, pour seconder les mesures prises par l'autorité apostolique. Faute d'avoir compris cela, on s'exposerait à le prendre pour un homme de juste milieu, ainsi que l'ont fait certains écrivains de nos jours. Ce serait mettre en doute sa parfaite conformité avec les vues & les ordres des Souverains Pontifes ; nous n'y pouvons consentir. Les aftes nombreux & positifs de son gouvernement, la confiance que huit Papes consécutifs lui ont témoignée, protestent contre cette interprétation. La vérité est, au contraire, qu'il servait, par sa douceur & sa miséricordieuse bonté , les intérêts de l'Église en la manière que souhaitaient les successeurs de saint Pierre.

(i) Eccli. xxxvn, 15-16.

(2) Reg. S. Bened. cap. xxvu.

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