‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 141 sur 322 · SON ACTION BIENFAISANTE SUR LES MOINES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

SON ACTION BIENFAISANTE SUR LES MOINES FRANÇAIS

ES le début de son pontificat, saint Grégoire V!I témoigna de sa confiance en son ami de Cluny. Il lui avait écrit pour lui annoncer son élévation au trône de saint Pierre; & deux mois après, Hugues recevait une nouvelle lettre qui le mettait au courant d'une situation dont bientôt il devait être constitué juge par le Pape lui-même. Il y avait sur le siège archiépiscopal de Reims un prélat peu recommandable ( 1 ), nommé Manassès. II était devenu archevêque par un marché simoniaque ; son humeur querelleuse & emportée commençait à en faire le fléau de son diocèse. L'abbaye de Saint-Remi de Reims étant venue à vaquer, Manassès fit élire pour la gouverner l'abbé de Saint-

(1) Nous ne comprenons pas bien l'indulgence dont font preuve à ce sujet les AnnaUi BcnediBiniil. V, lib. Lxiv, n° 59), lorsque, au livre suivant (n° 8), force est bien de donner le détail des crimes reprochés à cet archevêque, lequel fut déposé canoniquemcnt & passa dans le camp de Henri de Germanie avec l'antipape Guibert.

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Arnoul de Metz, nommé Guillaume. Les motifs de ce choix, exposés par Tarchevêque lui-même à saint Grégoire VII, donnent la mesure de cet esprit étrange. « J'avais, dit-il, été « amené à confier Saint-Remi à Guillaume, à cause d'un cer- « tain renom que lui avait acquis son caraftère pacifique « plutôt que sa vertu. Mais c'est un homme paisible, « humble, tranquille, toujours occupé à étudier, & qui ne « peut convenir au caractère des Français ni au mien. » Grégoire haussa les épaules à la lefture d'un pareil jugement. Pourquoi donc Manassès avait-il été chercher cet abbé dont il devait connaître d'avance le caractère irrémédiablement tranquille ? Une lettre de Guillaume lui-même nous le laisse assez clairement voir (i). C'était la taftique si souvent heureuse des persécuteurs, dont l'art est de faire servir à leurs desseins des hommes respectables qu'ils attachent à leur fortune, & qui favorisent le mal en pensant l'enrayer. Guillaume de Saint-Arnoul ne procura pas longtemps à Manassès le plaisir de tromper les gens de bien. Sous ses apparences pacifiques, il cachait une grande finesse, & ses allures calmes ne lui enlevaient pas la repartie prompte & incisive. C'était là, en réalité, la raison pour laquelle son caraftère ne pouvait décidément pas cadrer avec celui de l'archevêque simoniaque. Manassès avait mis en oeuvre toutes les adresses de sa diplomatie pour obtenir de Guillaume les avantages que précédemment il avait demandés à la violence ; mais ce fut peine perdue. Non seulement l'abbé de Saint-Remi ne céda rien, tout en continuant à relever son abbaye demi-ruinée ; mais de plus, lorsque le prélat se laissait aller à ses emportements & passait jusqu'aux menaces, une réplique aussi nette qu'elle était calme venait le rappeler aux sentiments d'humilité que sa vie déréglée aurait dû lui inspirer. Et naïvement Guillaume s'applaudit de ce que jamais la repartie ni les bons expédients ne lui ont fait défaut. Mais il était seul à conserver la paix qu'il puisait en Notre-Seigneur, tandis que tout le monde autour de lui était dans l'inquiétude & le trouble. Bientôt Rome

(i) Mabillon, Anakâa vet. t. I, p. 262.

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