CHAPITRE XVI
laume répugnait à ce changement ; les rites augustes de la consécration avaient sanftifié cette terre, & bon nombre de défunts y reposaient. Dans son embarras, il ne trouva d'autre solution que de demander conseil au saint abbé de Cluny, auquel il écrivit pour lui exposer toute Taffaire. Pénétré du même esprit de foi que Guillaume, Hugues approuva fort son sentiment ; & puisque tout le mal venait, pour Végfist de Saint-Chaffre, de la manière défeftueuse en bquelle avaient été assises les fondations , il suffisait, à son avis , de les reprendre & de les consolider pour accorder tout le monde. C'était une opération à laquelle s'entendaient fort bien les architeftes du moyen-âge, très hardis pour le choix des terrains , & très habiles à établir des fondations à répreuve du temps là où il nous semblerait aujourd'hui impossible de bâtir avec sécurité. Seulement il y fallait beaucoup d'argent ; & c'était sans doute la grande objedion qui arrêtait les moines de Saint-Chaffre. Hugues y pourvut; à sa lettre il joignit une somme assez considérable pour permettre le travail des fondations nouvelles , grâce auxquelles cette terre consacrée put continuer à porter le temple & les autels du Seigneur. Jadis Tabbé de Cluny était venu ainsi au secours de Saint-Viftor de Marseille; &, au témoignage des biographes, beaucoup de monastères éprouvèrent, dans les heures difficiles, la délicatesse de sa charité. Mais « sa main « gauche ignora ce que sa main droite avait donné (i) ; » en sorte que nous sommes obligés de nous contenter de savoir quMl agit ainsi, sans pouvoir pénétrer plus avant le secret du saint abbé.
Hugues dispensait d'ailleurs d'autres bienfaits, plus précieux que les trésors matériels. On le consultait comme un maître de la vie spirituelle. Il y avait à l'abbaye de Saint- Médard de Soissons un moine, du nom d'Arnoul , qui vivait en reclus depuis quelque temps (2). Les religieux l'avaient élu peu auparavant pour abbé ; mais d'abord il avait fallu
(i) Matth. VI, 3.
(2) Annal, Bened, ann. 1076, t. V. p. 101.