CHAPITRE XVI
établir des gardes autour de sa petite cellule, pour Tempêcher de fuïr.& d'échapper à la charge qui lui était dévolue. Néanmoins*; il avait pu mettre en défaut la vigilance de ses gardiens, & s'était enfui. Mais la Providence Tavait ramené malgré lui à Soissons, & il avait bien fallu qu'il se laissât créer abbé. Bientôt pourtant il avait déposé la crosse, dont l'hostilité de quelques moines turbulents & ambitieux lui rendait le poids trop lourd, & il était rentré dans sa cellule, où il jeûnait & priait comme les anachorètes du désert. Toutefois il restait en correspondance avec le dehors, avec saint Grégoire Vil lui-même, avec Gérard, abbé de la Grande- Sauve en Aquitaine , enfin avec l'abbé de Cluny. Ce fut sur les avis de ces conseillers qu'Arnoul mitigea son jeûne, en acceptant, pour les dimanches & les jours de grande fête, la nourriture que les autres moines prenaient en ces occasions au réfectoire commun. 11 fallait cela, lui disaient ses sages amis, pour se mettre en garde contre la vaine gloire. Nous savons en effet qu'à Cluny, si la mortification la plus sévère était fort en honneur, on se méfiait volontiers des observances extraordinaires qui attiraient trop l'attention des hommes ;'•& nous avons pu constater qu'on ne leur ménageait pas des critiques, dont l'expression dépassait parfois le but lorsqu'elles étaient faites par des esprits moins pondérés que celui de notre saint abbé.
Telle ' était l'aftiort pacifique & bienfaisante qu'exerçait Hugues de Cluny au milieu des monastères de France, action qui, en ce moment même, se faisait puissamment sentir au delà des Pyrénées. Mais voici que par delà les Alpes & le Rhin se font entendre ks premiers grondements de l'orage qui s -annonçait depuis longtemps.