HUGUES DE CLUNY LÉGAT DE SAINT GRÉGOIRE VII
RACE aux principes que nous venons d'exposer, nous avons maintenant la clef des événements au milieu desquels va se dérouler la vie de notre saint. Nous allons donc en reprendre le fil dès à présent. Les dernières bulles pontificales, qui témoignaient si hautement de la confiance de saint Grégoire VII, étaient à peine entre les mains de l'abbé Hugues, que celui-ci apprenait un premier attentat commis contre la personne du Souverain Pontife. Les vices & les trahisons frappés au concile romain de 1075 avaient trouvé des vengeurs à Rome même ; durant la nuit de Noël, Grégoire avait été saisi à Sainte-Marie-Majeure par un ramassis de bandits armés, qui l'avaient dé- ' pouillé, blessé à la tête, puis enfermé dans un de ces donjons où les brigands qui terrorisaient la Ville éternelle trouvaient un asile assuré. Mais cette fois le peuple était accouru au secours du Pontife-roi, avait découvert le lieu où
il était prisonnier, pris d'assaut le donjon & remis Grégoire en liberté (i). Le consentement donné par le roi de Germanie à cet attentat sacrilège est affirmé par Thistoire. Depuis rautomne, Grégoire avait dû lui faire entendre à nouveau de sévères paroles, demeurées sans effet. Il les renouvelait au commencement de Tannée 1076, en faisant ressortir l'étrange conduite que tenait le prince. Henri montrait en Allemagne un mépris absolu pour les ordres du Saint-Siège, tandis qu'il prodiguait les plus belles protestations par la bouche de ses ambassadeurs à Rome. Grégoire demandait que le roi remît en liberté des évêques emprisonnés par lui , jusqu'au jugement que porterait sur leur conduite un concile que présiderait le Pape, si le prince consentait à donner des garanties de liberté pour cette assemblée. Le Souverain Pontife rappelait enfin à Henri que les rois ne sont pas en dehors du bercail du Christ, & que saint Pierre, établi pasteur du troupeau entier, a reçu pouvoir par là même sur les rois comme sur tous les autres fidèles. Il l'avertissait que, faute à lui d'éloigner de sa personne les prélats excommuniés & d'obéir aux canons de l'Eglise, lui, Pontife souverain, le retrancherait de l'Eglise comme un membre gangrené. La réponse du roi de Germanie eut cette fois le mérite de la franchise. Hugues de Cluny pouvait apprendre avec épouvante & douleur que son fils spirituel réunissait à Worms un conciliabule d'évêques allemands & lombards ; que Siegfried de Mayence, naguère moine à Cluny, se mettait à la tête de ces schismatiques, jusqu'à l'arrivée du trop fameux Hugues le Blanc, depuis dix ans si odieux aux Clunisiens. Cet homme se jetait encore une fois dans le schisme, mais alors avec un luxe de trahisons & de mensonges. Il arrivait à Worms, venant tout droit de Rome, avec des lettres fausses, pçrtant des signatures d'archevêques & d'évêques, de cardinaux, de nobles romains, qui étaient censés réclamer la déposition du Pontife légitime. Hugues le; Blanc ajoutait que les Normands
(i) Pauli Bernried, l^ita Sanéii Gregorii yil, cap. 45, 57, ap. Watterich, pp. 498.505.