CHAPITRE XVll
de Naples étaient les ennemis de Grégoire VII, aussi bien que certaines familles seigneuriales des environs de Rome, & nombre de gens dans la ville même(i). Hugues le Blanc avait subi trois condamnations pour simonie; c'était la seconde fois qu'il se séparait du Pontife romain ; les gens du roi pouvaient avoir confiance en lui. C'était sous sa présidence que se tenait le conciliabule schismatique de Worms , qui poussa bientôt Taudace jusqu'à dire anathème au Vicaire de Jésus-Christ. De l'Allemagne Tincendie se propagea en Lombardie ; un second conciliabule se tint à Pavie , & souscrivit à cette odieuse & ridicule sentence ; on y jura sur les saints Évangiles de ne jamais reconnaître Grégoire pour Pape. Enfin le roi de Germanie écrivit au Souverain Pontife une lettre que nous allons faire connaître ; mais comme la trahison s'accroît toujours de quelque raffinement lorsque, par malheur, elle est le fait de ceux qui devraient être les plus fidèles, les prélats simoniaques de Lombardie s'arrangèrent pour que cette lettre fût remise au Pape en présence du concile qui s'assemblait à Rome au mois de février. Un clerc de Parme osa se faire le porteur de ce message, & lire devant les cent-dix évêques assemblés autour du Souverain Pontife à Saint-Jean de Latran une lettre dont voici Tabrégé :
« Henri, roi par une miséricordieuse disposition de Dieu, « à Hildebrand, qui se prétend Pape, & qui n'est qu'un faux « moine.
« Nous avons supporté tes désordres, mais tu as pris <ç notre humilité pour de la peur, & ton audace s'est attaquée « à la puissance royale que Dieu nous a concédée. Tu as osé « nous menacer de nous en dépouiller, comme si nous « avions reçu de toi notre couronne, comme si notre royaume « ou l'Empire étaient dans ta main, & non dans celle de Dieu. « Notre-Seigneur Jésus nous a appelé au trône , & toi il ne « t'a pas même appelé à l'autel. Tu es pourtant monté sur « la chaire de paix pour y porter le trouble, armant les su- « jets contre les princes, les laïques contre les évêques élus
(i) Paul. Bernried, loc, cit, cap. 66-67.
<c de Dieu. Moi-même, Toint du Seigneur quoique indigne, <c tu m'as attaqué, atorsî que la tradition deS Pères démorttre « que-jene suis'tcomptabîe qu'envers Dieu seul. Heureuse- « mtentsaint Paul nous a appris à n'écouter pas même un « ange qui «enseignerait autrement que lui ;* tu n'es donc pas , « excepté de cette règle/ Anathème à toi \ Telle est notre «sentence & celle de nos évêqueS. Descends du Siège «apostolique; nous, en^ sommés les vengeurs, & un autre « y montera qui ne se fera pas de la religion un masque, «'mais nous enseignera ■ la doftrine de saint Pierre. C'est moi « Henri, roi' par la grâce de Dieu, ce sont tous nos évêques « qui te le répètent, descendSj descends à l'instant & va-t-en
« à l'éternelle damnation (i). »
Un tumulte effroyable répondit à cette audacieuse lefture. « Jean; le cardinal évéque de Porto, universellement connu « pour la droiture de sa vie & sa piété (n) , » donna le signal en is*écrîaht :« Arrêtez cet homme! » Le préfet de Rome s'élança, réjiée à la main , suivi des magistrats , des hommes d^arnïes & de la nôbfesse romaine; & le téméraire messager allait payer son audace de sa vie dans l'église même, si- le Pape qu'il venait d -outrager ne l'eût couvert de son corps & m'eût arrêté les' mains prêtes à le frapper. Résistant aux iristancei des pères du Concile, Grégoire rie voulut pas prononcer surle chahifl la sfentendéd^excommunica^ tion contre le Toi dé'Gerrhahie/Màîs le lendemain, alors que la première émotion laissait place à une appréciation rai- ^onhéede'Têhofmitè du cnme, le' saint' Pape rappela, en présence de tous, les ménajgements dont il avait» Usé éhVe^s le toi Henri, lés avertWseriients' quMl aVait rrfultîplîés, àulieii de sévir; aloi'S que' dépuis longtemps le prince le tnéritîàit Enfm, au milieu de toiis les pèf es , le successeur dfPîefre, le Vicaire du Christ' se leva, &,' rappelant qu'entre ses mains était déposé^ lé ^^uvéir dfe îîer & 'de délîer toùtèi choses au cié! & sur là ten-e, il jDrbnonça' la- déthéïïWcté du
(i) Ap. Watterich, t. I, p. 378.