CHAPITRE XVII
roi Henri, lui enleva le gouvernement du royaume toitonique aussi bien que de Tltalie,. délia, tous les 1 chrétiens du serment de fidélité prêté au roi, en £youtant.la défense de lui obéir désormais comme à leur souverain. 4 Et^ continua « le Pontife, parce qu'il a refusé d'obéir comme; chrétien/; « parce quJil n'est pas revenu au- Seigneur^ .qu'il avait quitté « çn communiquant avec les excommuniés, & en se rendant « coupable de nombreuses iniquités ;. parce qu'il a méprisé « les avertissements que je lulai adressés pour ^on salut, vous « en êtes témoin, bienheureux' Pierre; parce que, en sesépa^ « rant de votre Eglise, il a voulu la déchirer en deux; pour « toutes ces raisons, agissant en votre nom, je le charge « des chaînes de l'anathème,/ afin, que les nations sachent « bien que vous êtes. Pierre, & que sur vous le Fils de Dieu « a bâti son Eglise, & que les portes de Tenfer ne. prévau- « drptnt pas contre elle(i). »
L'édat de ces foudres apostoliques retentit encore après huit siècles de protestations impuissantes» Au rapport de rhistorien de saint Grégoire VU,.. le; ciel parut vouloir sanctionner cette sentence en la. traduisant d'une manière visible aux yeux des fidèles. Le jour de Pftques, 27 mars 1076^ Henri osa^ bien se présenter à l'église dans rapparejl royal; un évêque schismat jque . & simoniaque célébra, la messe devant lui, <St prononça une homélie qui n'était qu'un tissu de blasphèmes 8i d'inveftives contre IçPape, MaisJa journée pascale n'était pas encore passée, que la foiidre tombait sur cçtte église qu'elle détruisait ; elle incendiait çn mênie teoips la maison qui servait. d'abri aM pripcç ^échu A, excommunié ; Vévêque apostî^tifétait lui-même, atteint,.^, mourait çn peu d'(ieures au milieu de^yisions.épouvantablies. Les sei^eurs d'AlJîCfnagne y dociles, à j'ençei^nepfient du .Siège apostolique, dem^nijlè^'ent au Pape.de^yerûr présider .^ Augsbourg une diète géaér^le ppuç- régjçr Ip q^est;ion politique pQsée par ,1a sçnt(ence;,df,jdécfiçanc^ pronçncée ^contre }e .foi Henri. Cette diète devait se tenir le jour de la Purification de Tan 1077.
(1) Ihid. p. 516. — Mansii XX, 467. Ap. Migne, t. CXLVIfly col. .790.
Grégoire accepta de venir à Augsbourg. Mais Henri, qui se voyait abandonné de tous ses vassaux, & qui redoutait avec raison un examen détaillé de sa conduite fait par devant des témoins nombreux, cherchait tous les moyens pour s'y soustraire. Il proposa de venir à Rome; Grégoire refusa, pour des raisons faciles à cTomprendre, & au cœur de l'hiver se mit en route pour TAllemagne. Mais, arrivé en Toscane, il apprit que Henri avait passé de son côté les Alpes avec quelques serviteurs, & venait à sa rencontre. La perfidie du prince était trop connue pour que le Pontife ne dût pas se précautionner contre elle. Grâce à la protection de la comtesse Mathilde, il put entrer à Canossa, forteresse redoutable située non loin de Reggio. Là il fut rejoint par Hugues de Cluny, accouru de France. Plus que personne, hormis l'impératrice Agnès & Grégoire lui-même, l'abbé de Cluny avait ressenti le coup qui avait foudroyé le prince rebelle. Un mot d'une lettre de celui-ci nous fait comprendre que son père spirituel lui écrivait souvent & lui prodiguait des conseils qu'il avait la douleur de voir inutiles. Faute de les avoir suivis, Henri en était réduit à venir à Canossa, presque seul, & dans l'attitude d'un pénitent. Trois jours durant, il resta, les pieds nus & vêtu de bure, entre la deuxième & la troisième enceinte de la forteresse ; c'était seulement après le coucher du soleil qu'on lui apportait quelques aliments; puis la porte fortifiée se refermait devant lui. A l'intérieur, beaucoup de familiers du Pape s'étonnaient, se scandalisaient de la dureté que témoignait le Pontife ; Hugues de Cluny & Mathilde suppliaient Grégoire de pardonner enfin. Mais le saint Pape se souvenait du mot de l'Écriture : Qui pafcit virgce odit filiiim suum; qui autem diligit illum, instanter erudît{i). Il prolongeait donc cette terrible leçon pour qu'elle portât des fruits de salut. Enfin, au bout de trois jours, il pensa que, à défaut de sentiments plus nobles dont Henri n'avait guère donné de preuves jusqu'alors, un si rude châtiment, joint à une humiliation si profonde, laisserait des sou-
(1) Prov. xm, 24.