‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 152 sur 322 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

venirs durables dans Tesprit du pénitent. II consentit donc à le recevoir en sa présence ; & sous le bénéfice des garanties qu'offraient pour le prince Hugues de Cluny & Mathilde, Grégoire admît de nouveau Henri à la communion de TEglise; mais il ne révoqua pas encore la sentence de déchéance, & se réserva d'examiner cette grande cause dans la diète à laquelle Henri avait surtout voulu se soustraire. Saint-Pierre de Rome & le palais du Vatican gardent encore aujourd'hui la mémoire du triomphe de l'Eglise à Canossa, & le souvenir de la généreuse confiance avec laquelle Hugues & Mathilde se portèrent garants du prince félon. Les seigneurs allemands le jugeaient plus sévèrement. En arrêtant le Pape dans Canossa , fût-ce au prix des dernières humiliations, Henri avait gagné au moins ceci, que l'époque fixée pour la diète d'Augsbourg était passée. Les seigneurs ne furent pas dupes de ce calcul ; réunis à Ulm, ils décidèrent de s'assembler à Forcheim pour l'éledion d'un nouveau roi, au mois de mars 1077; ^ ^'^ firent demander au Pontife romain d'envoyer au moins des légats pour présider à cette réunion. Grégoire envoya en effet deux de ses légats, mais avec mission de faire savoir aux Allemands qu'il se réservait d'examiner en personne une affaire aussi grave, dès qu'il pourrait passer en Germanie. Ces légats étaient Bernard, cardinal diacre de l'Eglise romaine, & un autre Bernard, abbé de Saint-ViÊlor de Marseille, auquel était adjoint Guitmond Christian, moine de la Croix-Saint-Leufroy en Normandie, qui plus tard devint évêque d'Aversa. Une înfraftion aux instructions pontificales, que les légats commirent peut-être sans le vouloir, eut cependant ce résultat que les seigneurs réunis à Forcheim élurent un nouveau roi, qui fut Rodolphe, duc de Souabe. Mais Grégoire refusa de le reconnaître avant d'avoir jugé des griefs articulés contre Henri ; & durant trois ans, fidèle à sa parole, il lutta pour contenir la légitime impatience des Allemands, révoltés de la conduite que tenait de nouveau Henri, traître à ses engagements.

Après le terrible épisode de Canossa, Hugues de Cluny avait repris le chemin de la France ; mais il se faisait rem-

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placer auprès du Pontife romain par le grand-prieur de son monastère,. Odon de Châtillon, qui, Tannée suivante (1078), fut créé cardmal évêque d'Ostie(i). Avec lui quelques autres moines clunisiens étaient envoyés auprès du Pape , qui les constitua, eux aussi, en diverses dignités. Quoique éloigné, Hugues ne cessait pas de s'intéresser aftivement à la lutte du, Pontife romain contre la perfidie de Henri de Germanie. Bieptôt il apprit que, au mépris des engagements pris par le prince,, le légat Bernard de. Saint- Vidor était arrêté par le comte Udalric de Lenzburg, en Suisse. A la même époque le cardinal Gér^ld d'Ostie était saisi de même en Lombardie ; la coïncidence i)e pouvait guère être fortuite ; Grégoire rejetait la responsabilité première de ces attentats sur Henri luimême (2). L'histoire (lit en effet que celui-ci félicita & récompensa le sire de Lenzburg pour la capture du légat(3). Bernard, dépouillé de tout, était prisonnier, & sa captivité devait, dinrer six mpis. Dès qu'il en eut reçu la nouvelle, Hugiie^ écrivit 1^. Henri (4), & ses instances finirent par obtenir la mise en lit)erté du légat. Bernard se rendit alors au célèbre monasjtère de Hirschau, &' y séjourna dix mois. Sa reconnaissance était acquise à Tabbé de Cluny, & nous en vejri:Qi}s bientôt la preuve. ." ' '

Çç fut.vr4isemblaWement.en ce même temps que Tabbé Hugues, reçut; de saint Grégoire VU un témoignage de confiance, <lpîyblement; précieux. La comtesse Mathilde tenait de ses 3ïeu^,l: abbaye de Saiiit-Benoît, située non loin de Mantoue. Elle la, rem,i!t, tayçc d'autres. .monastères, entre les mains du

(i) ÀHrial: Bened, ann. 1078, n° xxx , p. 120. Nous donnons à'Odon le nomdeOiâtrlIortj^qtie Tbiia Voulu changer depuis quelque temps en celui de Lagemsur la fp\ sans-doiite de I>. Ruinaft, en sa vie d'UrbaVii il {Œuvres posthumes, t. 111). Mais on va plus loin que lui en affirmant ce qu'il donne en hésitant. La dissertation de M. de Brimont en son livre intitulé Urbain //( 18631) nous a paru, pju^. décisive; & nous continuons à croire œ qu'a établi André Duchesnis, à savoir qu'Odon était bien le fils du sire de Châtillon-sur-Marna . , ' , .

(2)£j8>i5/.flib./V, y^i, .ad, UdopemiTr^rvirensem. > . ,

(^y^nnal. B<^«Mrf,-ann- 1077,, n^ i» p. iq6..

(4) Watterich. I, p. 406.

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