‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 160 sur 322 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

par son seul commandement & sa seule défense, interdit rentrée de cette église à une myriade de passereaux qui auparavant pénétraient constamment dans le vaisseau sacré & dérangeaient notablement Tordre des offices. Après que Landri Teût défendu, aucun de ces oiseaux ne vint plus voleter dans réglise, bien que tous continuassent à nicher au dehors (i). Tel était Thomme qui attaquait Hugues de Cluny. De plus, il était soutenu par Tarchevêque de Lyon, nommé Gébuin, jadis doyen du chapitre de Langres, personnage aussi très respeftable & respefté en effet dans toute la province. Landri crut donc, en 1078 ou 1079, avoir à se plaindre d'usurpations commises par Cluny au détriment de son Eglise. Mais il se garda de prendre le moyen extra-légal choisi jadis par Drogon pour rentrer dans ses droits. 11 se rendit à Rome, où saint Grégoire VU, qui Tavait sacré, Taccueillit avec faveur. Une nouvelle lettre partit à l'adresse de Tabbé de Cluny. Grégoire disait :

« Notre frère & coévêque Landri de Mâcon, venant au tombeau des Apôtres, s'est plaint que tu avais enlevé à son Église les droits dont elle avait joui en paix sous ses prédécesseurs, alors même que ceux-ci étaient simoniaques. Nous avons jugé convenable que cette Église ne fût pas privée sans raison des biens qu'elle possédait, même au temps où ses évêques manquaient à leurs devoirs, surtout aujourd'hui qu'elle a un digne pasteur, o^donné jadis au sein de l'Eglise romaine. Nous voulons donc que ta charité laisse l'Église de Mâcon en possession paisible des biens qui font l'objet de ses réclamations, si elle les a possédés jusqu'à l'avènement de notre frère Landri ; ou bien que tu lui donnes en échange une compensation convenable. Que si vous ne pouvez arranger cette affaire à l'amiable. Nous voulons que Notre frère l'évêque de Die & l'abbé de Saint-Paul s'en occupent, pour terminer selon la justice une querelle dont je ne veux plus

(1) Anecdotes histor, d'Etienne de Bourbon, p. 256. Au xii« siècle il arrivait très souvent que les fenêtres des églises n'étaient pas fermées par des vitraux, mais seulement par des claires>-voîes en pierre sculptée.

voir rien subsister entre vous. Car, sans la concorde, la meilleure religion ne vaut rien, & toute autre oeuvre, si bonne qu'elle soit, ne compte pour rien(i). » Cette lettre était du 14 avril 1079. Landri ne put pas s'entendre avec Tabbé de Cluny. Un document que nous citerons tout à Theure nous porte à croire qu'il s'agissait d'un monastère dont on avait expulsé les moines de Cluny, pour les remplacer par des moniales (2). L'évêque de Mâcon, loin d'attendre la décision des légats, jeta l'interdit sur les chapelles extérieures qui s'élevaient maintenant autour de l'abbaye, & lança l'excommunication contre les moines qui les desservaient. On en revenait donc à ce que Drogon avait jadis tenté, mais cette fois en violation d'une bulle accordée par saint Grégoire Vil luimême à Cluny, quatre ans auparavant. Ce n'était pas le moyen de faire fléchir le saint abbé , qui pouvait courber la tête avec douleur sous le mécontentement du Souverain Pontife, mais qui était d'autant plus fort qu'il était plus humble. 11 envoya son prieur exposer au Pape la situation vraie. Grégoire avait déjà écrit à' Hugues de Die d'arranger toute cette affaire, qui le désolait ; & il promettait de procéder avec rigueur, sans acception de personnes, contre quiconque ne se soumettrait pas (3). C'étaient là des paroles qui eussent paru fort claires à l'abbé de Cluny s'il les eût pu lire. Mais enfin la mission du prieur eut un meilleur succès. Grégoire réfléchit beaucoup, & se décida à confier l'examen de l'affaire au saint évêque d'Albano, Pierre, moine de Vallombreuse, connu & vénéré dans l'Eglise sous le nom de saint Pierre Ignée. II était alors légat en France. Au reçu de l'ordre pontifical, il se mit en route pour Cluny, & y arriva avant la fin de l'année. Il trouva que les choses avaient encore bien empiré ; mais le Ciel avait permis de nouveaux incidents propres à mettre le droit & la vérité en lumière. A l'époque des quatre-temps de septembre, l'archevêque de Vienne, Warmond,

(i) Epist. lib. VI, XXXI V.

(2) Charta Pétri Albanensis, Bihliotb. Chiniac, col. 514.

(3) Ap. Migne, t. CXLVIII, col. 695.

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