CHAPITRE XVIH
ancien moine de Cluny, était arrivé de Rome à Tabbaye, porteur d'un message du Souverain Pontife , qui sans doute insistait pour la conclusion d'un arrangement. Hugues avait retenu l'archevêque, en le priant de conférer les ordres sacrés à ses moines, conformément aux nombreuses bulles pontificales qui donnaient ce droit à tout évêque dont l'abbé de Cluny aurait demandé le ministère. Warmond avait accompli la fonction sacrée, & repris ensuite la route de son évêché. Il devait passer par Mâcon. Arrivé près de Monceau , une troupe d'hommes d'armes , conduits par des chanoines de Saint-Vincent de Mâcon , s'était jetée sur la suite de l'archevêque & l'avait maltraitée ; le prélat lui-même avait été dépouillé, on lui avait volé sa crosse, un fer de lance lui avait froissé la gorge ; le tout aux cris de : <c Mort au violateur de « l'épouse de Saint-Vincent ! » Warmond & les siens avaient dû reprendre précipitamment le chemin de Cluny. C'était la revanche de Drogon ; mais il ne paraît pas que Landri ait été coupable de cet attentat, qui reste à la charge des chanoines, trop zélés à servir par ce moyen la cause de l'évêque. Les choses en étaient là lorsque le cardinal Pierre d'Albano arriva à Cluny. Il s'empressa de confirmer publiquement, en l'église Notre-Dame, les privilèges concédés à l'abbaye par le Saint-Siège, & indiqua pour l'année suivante ( 1 080) un concile auquel devaient assister l'archevêque de Lyon & l'évêque de IMâcon. Le concile s'assembla le jour de Sainte- Agathe, 5 février 1080(1). Warmond de Vienne s'y trouva, & fit le récit de tout ce qui lui était arrivé. Ensuite le légat fit donner lefture de la dernière bulle accordée à Cluny par le Pontife régnant, & dans laquelle était formellement stipulée pour les chapelles extérieures l'exemption de toute juridiftion épiscopale. On constatait par là même que Landri s'était placé sous le coup de l'excommunication. Connais-
(1) La charte de Pierre d'Albano, à laquelle nous empruntons ces détails, dit ici 1078 ; mais c'est évidemment une erreur, puisqu'au début le légat dit avoir été envoyé par le Pape la septième année de son pontificat, soit en 1079. Et c'est ainsi que Jaflfé place les différentes dates de toute cette af&ire en son Regestum.
sait-il , avant d'agir , les privilèges de Cluny ? Le légat le lui demanda, & il répondit négativement; sur quoi Hugues de Cluny s'écria : « Comment ? Ne vous ai-je pas dit que vous « iriez contre les privilèges apostoliques , en jetant l'interdit « sur nos chapelles & nos chapelains? » Landri s'embarrassa dans ses demi-dénégations, mais refusa toute satisfaction & tout aveu. Le légat le frappa alors lui-même de suspense jusqu'à ce que le Pape en eût jugé autrement. Sur ce, les ardents chanoines de Mâcon se répandirent en injures contre le cardinal, mais n'échappèrent point à l'excommunication, dont ils furent frappés pour avoir outragé l'archevêque de Vienne. Vint le tour de Gébuin, archevêque de Lyon, qui avait confirmé la sentence portée par Landri contre les églises extérieures de Cluny. Ce prélat ne consentit pas à se rétracter; mais il dut entendre le légat lever l'interdit & les excommunications prononcés par lui , frapper d'avance de nullité toute sentence pareille que l'archevêque pourrait vouloir porter à l'avenir, & décider enfin le retour à Cluny des biens qui avaient fait l'objet premier du litige. Toute cette procédure avait mis en pleine lumière la reftitude de la conduite ^ tenue par l'abbé de Cluny. Lorsque saint Grégoire VII eut y. connaissance de tous ces détails, les préventions qu'on avait y pensé un moment lui. mettre en l'esprit contre le saint abbé y se trouvèrent dissipées ; &, l'année suivante, il infligeait urf blâme à l'évêque de Mâcon, qui persistait à se montrer réfraftaire à la sentence portée par le légat apostolique. L'tf^^ Pape exigeait en outre que l'évêque eût une entrevue, entre Mâcon & Cluny, avec quelques-uns des moines les plus marquants de l'abbaye, pour donner son acquiescement à l'afte dressé par le cardinal d'Albano. En outre, les clercs de Mâcon, coupables d'avoir insulté le légat après avoir outragé l'archevêque de Vienne, durent se présenter à Cluny & venir pieds nus faire satisfaction devant l'autel majeur de la basilique. Grégoire admettait toutefois qu'il pourrait y avoir lieu à réviser le jugement, après cts marques d'obéissance données à la sentence du légat apostolique (i). C'est qu'en effet on
(i) BulL Cluniac. p. 21.