‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 162 sur 322 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

avait incriminé auprès du Souverain Pontife la conduite de révêque d*Albano, qu'on trouvait trop simple en affaires, à ce qu'il paraît d'après une lettre de Grégoire lui-même (1). Cependantj'ien cette circonstance, la question était claire, & la bulle du Pontife lui-même était un texte qu'il suffisait de lire & d'appliquer pour rester dans le droit. Aussi ne paraît-il pas que le jugement du cardinal d'Albano ait été ni cassé ni révisé.

Mais, ainsi que nous l'avons remarqué en d'autres circonstances, l'épreuve que subissait Hugues de Cluny fut féconde pour les siens autant que pour lui. Jadis la mort de son père le comte Dalmace avait été cause d'une douleur profonde, dont le fruit avait été la fondation.de Marcigny & de la Charité. Maintenant, le cœur du sainfc^bbé saignait à cause d'un autre père qui lui était doublement cher ; & cette fois encore, cette peine amère porta un beau fruit, « un fruit du cœur, » selon l'expression du patriarche Benoît (2). La nouvelle fondation dont nous allons parler eut, comme La Charité-sur-Loire, pour don particulier celui de l'expansion & de la fécondité, jusqu'à posséder, tant en France qu'en Angleterre, vingt-neuf prieurés au XIII^ siècle. Nous voyons là, quant à nous, la bénédiftion spéciale méritée à ces monastères par la souffrance qu'endura leur fondateur avant de leur donner naissance. Celui qui nous occupe maintenant est le prieuré de Saint- Martin-des-Champs, hors les murs de Paris. Henri I*M'avait relevé de ses ruines & y avait placé des chanoines. Mais, vingt ans après, malgré les libéralités royales, Saint-Martindes-Champs était réduit à un état lamentable qui réclamait un prompt remède. Philippe I«^ venait d'entrer en relations avec Cluny, dont il avait d'abord fort maltraité les possessions, mais avec qui Simon de Crespy l'avait réconcilié. II commença dès lors à apprécier le saint abbé Hugues ; malgré la mollesse incurable de son âme, Philippe ne perdait pas un fonds de bons sentiments. Le vénérable Haganon, évêque

(i) Ap. Migne, col. 694.

(2) Sermo de passione sanéti Placidi.

d'Autun, fidèle ami de Cluny, & Rainald de Nevers, qui voyait fleurir sur ses domaines le prieuré de La Ciiarité, achevèrent* d'amener le roi à des sentiments de véritable amitié envers les Clunisiens. Philippe se trouvait en 107^ à Fleurysur-Loire, auprès du corps de saint Benoît, qui repose en cette illustre abbaye. Le pauvre prince aimait le saint Patriarche, & un jour il réclamera la faveur d'être enseveli auprès de lui. Ce fut en ce même lieu qu'il résolut de confier à Tabbé de Cluny le soin de restaurer Saint-Martin-des-Champs , & il donna pour cela un diplôme que signèrent après lui Haganon d'Autun & Rainald de Nevers. A l'occasion de cette fondation, Hugues fit le voyage de Paris. Il venait d'y arriver avec les moines qu'il destinait â Saint-Martin, & leur prieur nommé Ursion, lorsqu'il alla un matin à l'église Sainte-Geneviève, où reposaient les reliques de la patronne de Paris. Il y avait dans le trésor de cette église une chasuble que Ton disait avoir servi au Prince des Apôtres. Hugues la vit, & dit sans trop y songer : « Que n'avons-nous ici quelque paraly- « tique I nous mettrions à l'épreuve la vertu de l'Apôtre. » Le mot fut entendu, & un instant après, on apportait sur un brancard un pauvre chevalier, nommé Robert, qui, semblet-il, était déjà connu de l'abbé de Cluny. Blessé dans un combat, Robert était resté complètement paralysé des deux jambes ; & à cette heure , comprenant que l'abbé Hugues n'avait pas parlé sans une inspiration surnaturelle, & que vraiment « la vertu de Dieu était en lui prête à guérir les malades ( i ), » il venait supplier Hugues de lui obtenir sa guérison. 11 la demandait avec tant d'instance que le saint abbé, d'abord tout eflrayé d'avoir inconsciemment préparé cette scène, finit par promettre son intercession. 11 célébra le saint Sacrifice, durant lequel il pria pour Robert avec grande ferveur. Après quoi, il s'approcha du paralytique, posa sur lui la chasuble dite de saint Pierre, & se mit à chanter un des répons de la fête des saints Apôtres , dans lequel est retracée la guérison du paralytique à la porte du Temple. Et tout aussitôt, en

(1) Luc. V, 17.

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