‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 163 sur 322 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

présence de la foule qu'avait attirée le bruit de ce qui se passait , Robert se leva , ferme sur ses jambes , qui avaient recouvré toute leur vigueur. Ce fut un concert d'aftions de grâces dans toute la multitude présente à ce speftacle. Ceux de sainte Geneviève attribuèrent tout l'honneur du miracle à saint Pierre, ceux de Cluny le revendiquaient au contraire pour leur abbé ; Hugues était naturellement de Tavis des premiers, & renvoyait à T Apôtre toutes les louanges qu'on lui adressait.' En somme tout le monde avait raison, disent les biographes ; Hugues avait fait le miracle ; mais il n'aurait rien pu par lui-même, si saint Pierre qu'il invoquait n'avait prié le Seigneur, & si le Seigneur n'avait accordé la grâce. Mais le peuple, dans sa simplicité, pensait justement comme l'aveugle-né de l'Évangile : « Nous savons que Dieu « n'exauce pas les pécheurs, mais qu'au contraire celui-là « est exaucé qui honore Dieu & fait sa volonté. Si cet « homme n'était pas de Dieu, que pourrait-il (1)? »

En dépit du crédit qu'assuraient aux Clunisiens des faits aussi retentissants , les débuts du monastère de Saint-Martindes-Champs furent difficiles. Le chroniqueur du XIII* siècle que nous avons déjà cité , rapporte un fait qui témoigne du triste état dans lequel les moines trouvèrent le prieuré (2). Ils n'étaient pas très nombreux d'abord; & cependant les ressources du monastère étaient impuissantes à les faire vivre. Ils députèrent donc deux ou trois d'entre eux à l'abbé de Cluny, pour lui demander de rappeler à l'abbaye toute la colonie de Paris, qui se trouvait aux prises avec le besoin. Mais Hugues se plaçait à un point de vue bien différent. « Vous manquez du nécessaire, répondit-il aux envoyés, « parce que vous n'êtes pas assez nombreux là-bas & parce

(i)Johan. IX, 31-33.

(2) Il l'a entendu dire^ & il croit même l'avoir lu dans la Vie de saint Hugues. Or ce fait ne se trouve pas dans les biographies données par la Bibliotb. Cluniacmsis & les Bollandistes, ni dans Gilon. Mais il pouvait exister dans lin des recueils d'histoire qui faisaient partie de la bibliothèque de Cluny & dont nous n'avons plus que des débris. (V. Anecdotes d'Etienne de Bourbon, p. i8i.)

« que vous ne criez pas avec assez d'énergie vers Celui qui « nourrit toute créature vivante. » Aussi, bien loin de rappeler ses moines, leur envoya-t-il de nouveaux confrères, avec ordre de chanter bien fort les louanges du Seigneur, surtout à Toffice de nuit. Les bons moines obéirent ponctuellement, avec un esprit de foi digne de leur père abbé. Or il advint qu'une nuit le roi Philippe passa près du monastère. Il n'avait pas encore vu les Clunisiens dans le prieuré qu'il leur avait remis ; aussi, tout étonné d'y entendre chanter si vigoureusement, il voulut savoir ce qui se passait là. Il apprit alors que c'étaient des moines de Cluny, auxquels leur abbé avait recommandé de chanter ainsi pour obtenir de Dieu qu'il regardât en pitié leur pauvre moutier. Touché de compassion, Philippe répondit qu'il y voulait pourvoir, & assigna en effet aux moines des revenus suffisants pour leur permettre de vivre, de s'adjoindre même de nouveaux frères , & aussi de faire désormais moins de bruit. L'industrie des moines & leur travail firent le reste, &, comme nous l'avons dit, Saint-Martin-des-Champs , qui avait commencé si pauvrement mais avec une foi si simple & si naïve, devint un des plus florissants monastères clunisiens. Pierre le Vénérable pourra dire un peu plus tard que cette fille ressemble à sa mère comme l'empreinte ressemble au cachet (i). Mais reprenons le fil de notre histoire. Peu après le jugement rendu par le cardinal d'Albano , Hugues de Cluny se retrouvait avec l'archevêque de Lyon, les évêques Landri de Mâcon, & Haganon d'Autun, réunis pour l'éleftion d'un nouveau pontife au siège de Châlon. Un grand nombre d'abbés assistaient à cette éleftion, à laquelle ils apportaient l'appui de leur suffrage, comme cela se pratiquait alors d'après le droit; & souvent ils exerçaient dans ces assemblées une influence prépondérante, à raison des graves intérêts qu'ils représentaient par l'extension des domaines monastiques (2). Dans l'éleâion de Châlon, Hugues eut une part

(i) De miraculist lib. II, cap. vxi. /

(2) Dom Chamard, L« Abhès au moyen-âge, p. 6.

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