CHAPITRE XVIII
principale, & ce fut surtout d'après son avis qu'on élut Walterius ou Gautier, membre déjà distingué du clergé de cette même église (i). L'afte qui fut dressé à cette occasion insiste sur l'approbation cordiale donnée à ce choix par l'archevêque de Lyon & l'évêque de Mâcon. Ne peut-on pas voir dans cet accord des trois prélats une marque du désir sincère que l'abbé de Cluny témoignait pour le rétablissement de la paix ? Cela est tout à fait conforme à son caractère aussi conciliant qu'ami de la justice. Peu après nous le retrouvons à Lyon même, présidant, avec le légat Hugues de Die & Pierre d'Albano, un concile où fut enfin jugée en dernier ressort la cause de Manassès de Reims. Hugues de Cluny agissait en vertu d'un désir du Souverain Pontife , qui avait ordonné la tenue de ce concile (2) & repoussé les dernières tentatives de l'archevêque pour se soustraire à ce tribunal. Le jugement en fut terrible pour lui ; & la sentence de déposition fut prononcée par les légats , puis ratifiée par saint Grégoire VII ; & le Pape écrivit même au roi de France & au comte de Roucy , pour les détourner de prêter aucune assistance au prélat indigne qui avait trop longtemps abusé de la patience du Saint-Siège.
Après le concile de Lyon , Hugues prit immédiatement le chemin de Rome , où de graves événements se préparaient , & attiraient d'une manière toute particulière l'attention de l'abbé de Cluny. Henri de Germanie, pour lequel 1 s'était porté garant à Canoss*, revenait avec plus de fureur à ses anciens errements. Tandis que Grégoire n avait qu'un but depuis trois ans, à savoir de réunir une diète qui examinerait la conduite du prince , & lui rendrait la couronne si cet examen lui était favorable ; tandis que le Souverain Pontife s'exposait même aux reproches des seigneurs fidèles à l'Eglise, en refusant de reconnaître pour roi de Germanie leur élu Rodolphe de Souabe ; Henri n'avait eu autre chose à cœur que d'empêcher la tenue de cette diète, & de pour-
(1) Labbe, ConciL t. X, col. 397. — Gallia Cbrisiiana, Cabilonensis.
(2) Jaffé, Regest. 3876. — Epist. lib. VII, xii.
suivre dans toute T Allemagne les prélats fidèles. La solution de la question très grave du gouvernement dépendait pourtant de la tenue dt cette assemblée, qui donnerait seule le moyen de tout régler selon la justice. Aussi Grégoire fulmina-t-il l'excommunication contre ceux qui désormais s'attacheraient à en empêcher la réunion. C'était un avertissement à Henri. Celui-ci n'en tint compte, & s'enfonça de plus en plus dans ses errements criminels. Aussi prévoyait-on que de graves mesures seraient prises au concile annuel de Rome, en 1080. Archevêques, évêques, abbés, s'y rendaient en grand nombre, ainsi qu'une foule de clercs & de laïques marquants (i). Hugues de Cluny, certes, n'y pouvait manquer, pour toutes les raisons que nous savons déjà. S'abstenir, d'ailleurs, eût été peut-être fournir thème à ses détracteurs pour essayer de troubler encore la confiance que le Saint-Père lui avait rendue après le jugement prononcé par le légat Pierre d'AIbano. Il se mit donc en marche. En passant les Alpes, il s'arrêta au monastère de Saint-Michel de Cluse, situé sur le versant italien, & l'histoire nous a conservé une trace de son passage en ce lieu. L'abbé de Cluse était un saint moine, appelé Benoît, auquel sa ferme orthodoxie attira les plus mauvais traitements de la part des schismatiques attachés à la fortune de Henri de Germanie. Mais en prenant le gouvernement du monastère /il avait tout d'abord déclaré qu'il avait mission d'expliquer la Règle de saint Benoît toute pure , & non pas les us & coutumes de telle ou telle abbaye. « Tout cela, « disait-il, est bon pour les pharisiens qui négligent les com- « mandements de Dieu à cause de leurs traditions. D'ailleurs « la Règle confère formellement à l'abbé le droit d'ordonner & « de compléter tout ce qui n'est pas expliqué dans le texte. « Qu'aurions-nous donc à faire d'us & de coutumes ? » Et ce drsant, il s'était mis à retrancher de son monastère tout ce qu'il ne trouvait pas littéralement prescrit dans la Règle de saint Benoît (2). Seulement, le vénérable abbé, en remar-
(i) Labbe; Concil. t. X, col. 381.
(2) /l<3a S5. O. S. B. saec. vi, p. h, p. ^^oi .