VOYAGE A ROME ET AU MONT CASSIN
MORT DE SAINT GRÉGOIRE Vil.
N le voit, désormais se trouvait rétablie entre le Pontife romain & Tabbé de Cluny cette amitié nouée depuis trentecinq ans, & cimentée par tant de travaux communs & de luttes pour la même cause. La fidélité des Clunisiens ne se démentit pas dans la suite, & plus rien ne fut capable d'en faire douter le saint Pape. Il avait en ce moment plus que jamais besoin de fermes appuis & d'amis à l'épreuve du malheur. Henri de Germanie répondait à l'excommunication par les scandales d'un conciliabule tenu à Mayence, où dix-neuf évêques jetaient encore une fois Tanathème au Vicaire de Jésus-Christ. 11 allait plus loin : quatre ans auparavant, le conciliabule de Worms avait seulement demandé aux évêques lombards de signer ses décisions blasphématoires; aujourd'hui un synode schismatique de trente prélats se réunissait à Brixen , & continuant l'œuvre de Mayence , prononçait la déposition du Pape Gré-
goire, en acclamant à sa place Tarchevêque de Ravenne, le trop fameux Guibert, jadis chancelier de Lombardie, l'instigateur du schisme de Cadaloùs ( juin 1080). La guerre éclatait en Allemagne, & bientôt Rodolphe allait tomber mortellement frappé sur les bords de TElster. Grégoire ne s'abandonnait pas néanmoins. En 108 1 , le 4 février, il renouvelait la sentence d'excommunication portée contre Henri, dont les crimes étaient ar-rivés à leur comble. Mais bientôt on apprenait à Rome la défaife des troupes de la comtesse Mathilde, qui avait voulu barrer le passage au tyran de Germanie. Celui-ci apparaissait devant Rome au mois de mai suivant. C'était un siège de deux ans qui commençait.
Durant ce temps, l'héroïque Pontife embrassait des yeux toute la chrétienté ; comme le marin qui veille pendant la tempête à la fois sur toutes les parties de son navire, Grégoire continue de diriger sur tous les points la lutte contre les usurpations des pouvoirs séculiers à tous les degrés. En France, à côté de son vigoureux légat Hugues de Die, & de Richard, abbé de Saint-Viftor, il aime à placer son ami de Cluny, juge plus doux & souvent plus sûr. Celui qui suit la série des lettres de saint Grégoire Vil, remarque bientôt ce caraftère particulier du rôle dévolu à l'abbé de Cluny. Hugues de Die attaque avec vigueur, mais souvent dépasse le but ; l'affaire se complique d'appels au Saint-Siège qui amè- •lent le Pape à l'examiner de nouveau. Grégoire Vil casse la sentence ; puis il a recours à l'abbé de Cluny , pour que celui-ci apporte à la conduite de la procédure les tempéraments dont il a le secret. Ainsi, vers 1080, Térouanne avait un évêque nommé Lambert qu'on accusait de simonie. Grégoire entretint une correspondance aftive à ce sujet, tant avec le prélat qu'avec le comte Robert de Flandre , qui prenait parti pour Lambert, supposant que son serment de fidélité au roi de France l'obligeait à soutenir un évêque auquel Philippe I^^ témoignait de la sympathie. Le Pape déclarait la cause remise à l'examen de l'évêque de Die. Celui-ci, ayant cité Lambert à un concile & ne l'ayant pas vu comparaître, l'avait excommunié. Sur ces entrefaites, un incident vient