‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 168 sur 322 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

tout aggraver. Sous prétexte que Lambert est notoirement excommunié comme simoniaque , deux chevaliers enfoncent la porte de son église, y pénètrent, blessent le prélat, font main basse sur tout le mobilier sacré, brisent les crucifix, se conduisent en un mot comme d'enragés païens. Le vigilant Pontife écrit aussitôt à ces deux brigands, indignes de la chevalerie, d'avoir à se présenter devant Tévêque de Die & Tabbé de Cluny , pour recevoir d'eux une peine de nature à donner satisfaftion à Dieu & à TEglise. Quant à Lambert lui-même , il était parti pour Rome , & avait exposé au Pape qu'il n'avait pas eu connaissance de la citation à lui adressée par révêque de Die, ni de l'excommunication fulminée par ce prélat. Touché de ses malheurs, Grégoire le releva de la sentence , à condition qu'il se soumettrait à ce qu'ordonneraient les légats après examen. 11 prescrivit donc la réunion « d'un concile d'évêques & d'abbés, comme aussi d'autres « personnages connus pour leur religion , dans le but de ju- « ger une affaire aussi grave , qui demandait un examen mi- « nutîeux(i). Et, » ajouta le Pontife en parlant à son légat, qu'il venait de faire archevêque de Lyon, « comme tu es « suspefl à révêque de Térouanne à cause du ressentiment « que nourrit contre toi le roi de France, tu t'adjoindras le « vénérable abbé de Cluny pour traiter l'affaire plus sage- « ment & plus à loisir. » En même temps, Grégoire écrivait au comte de Flandre sur ce même sujet : « Comme l'arche- « vêque de Lyon vous est suspefl, malgré la confiance « que j'ai en lui. . . Nous avons jugé utile de lui associer un « homme grave & illustre, qui est l'abbé de Cluny. » Ces paroles du saint Pape sont assez claires par elles-mêmes pour que nous n'y ajoutions pas de commentaires. Le concile de Meaux de 1082(2) prononça définitivement la dépo-

(1) Epist. lib. IX, XXXII.

(2) Nous plaçons cette condamnation au concile de Meaux de 1082, contrairement à l'affirmation de Labbe, qui la met au concile de Meaux de 1080, mais d'ailleurs sans donner de preuves. Jaifé incline au contraire à croire que c'est 1082 qu'il faut dire. En effet, Hugues n'a été archevêque qu'en 1082. De plus l'élu de Térouanne après la condamnation est

sition de Lambert de Térouanne. Les deux chevaliers dont nous parlions tout à Theure durent s'y présenter, cela est évident d'après la lettre que le Pape leur avait adressée (i). Mais nous n'avons pas les aftes de ce concile , & nous n'en connaissons quelques résultats que par des fragments ou des récits étrangers (2). Là ne figure pas la mention de Hugues de Cluny, bien qu'il y fût certainement, en qualité de légat, avec l'archevêque de Lyon & l'évêque Amé d'01oron(3). Cela tient évidemment à la nature de l'afte qui seul . nous donne quelques détails sur cette assemblée. C'est une donation faite à Cluny, &, en ces sortes de chartes, nous ne rencontrons jamais la signature du donataire, puisqu'il ne s'agit pas d'un contrat.

Les missions diverses confiées par les Souverains Pontifes à l'abbé de Cluny devenaient souvent ainsi l'occasion de quelque mesure prise par des évêques ou des seigneurs laïques pour introduire chez eux les disciples du saint abbé. C'est ce que nous avons pu voir déjà plusieurs fois dans le cours de cette histoire ; c'est ce que nous reverrons encore ; ainsi l'introduftion des Clunisiens en Flandre aura pour point de départ la mission confiée par saint Grégoire VII à l'abbé de Cluny dans l'affaire de Térouanne. Deux ans plus tôt, en 1080, un autre concile de Meaux avait déjà été marqué par une donation très importante faite à notre saint par Geoffroy, comte de Mortagne & du Perche. Le grand-père de celui-ci, Geoffroy 1«% avait élevé, près de Nogent-le-Rotrou, une église dédiée à saint Denys, qui fut donnée à l'abbaye de Saint- Père de Chartres. Mais l'abbé géra mal cette église, que desservaient les moines d'un prieuré ; en sorte que Geoffroy II,

indiqué par saint Grégoire Vil (Migne, col. 641) par l'initiale G ; c'est Gérard ; or, en 1081, Jaffé (Regcst. n" 3935) dit qu'il y avait un élu, non canoniquement élu d'ailleurs, & il le désigne par l'initiale R. Donc Gérard a été choisi dans une éleélion postérieure, qui ne peut être que de 1082 ; donc la condamnation de Lambert ne peut être que de cette année-là.

(i) Jaffé, Monumenta Gregpriana, p. 509.

(2) Labbe, ConcîL t. X, col. 401. -^ Baluze, MisceUanea, t. VI, p. 418.

(3)Jaflré, I0C. cit, p. 506.

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