‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 171 sur 322 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

promptement, Tbn put, au milieu des chants sacrés, déposer la châsse derrière l'autel , sur un trône élevé à cet effet. Les portes de l'église furent alors ouvertes, & la foule s'y précipita, témoignant par ses cris & ses bruyantes bénédiftions de la joie que lui causait cet événement. L'affluence était grande ; car, en ces derniers jours d'août, un grand marché se tenait de temps immémorial à Nantua.

Le séjour du légat & de l'abbé Hugues en cç prieuré fut marqué encore par un incident que nous ne pouvons taire. Un courrier vint de Cluny apporter la nouvelle que le monastère de La Charité avait perdu un de ses moines , appelé Wilena Le saint abbé se hâta d'offrir le saint Sacrifice pour l'âme de ce religieux, dont il connaissait d'ailleurs le mérite. Mais, en se donnant à son fidèle serviteur, le Seigneur Dieu éclaira son âme de l'esprit prophétique ; & après avoir achevé la messe , Hugues dit aux moines : « On s'est trompé ; « ce n'est pas Wilenc qui est mort à La Charité , mais c'est « Orius. » Le cardinal, ayant eu connaissance de cette parole, voulut en éprouver la vérité ; il envoya de suite au monastère en question , & son messager lui rapporta pour réponse que, en effet , c'était Orius qui était mort, & non Wilenc, qui devint prieur de La Charité environ cinq ans après (1).

Cependant les affaires les plus diverses se succédaient, réclamant les soins de l'abbé de Cluny. En ce moment, il lui fallait tourner son attention sur ses fils du midi. L'archevêque de Toulouse, Isarn de Lavaur, celui-là même dont nous citions naguère les belles paroles, avait voulu mettre fin, par h^ moyen des moines de Cluny, à la rivalité parfois bruyante du chapitre cathédral de Saint-Etienne de Toulouse & de celui de Saint-Sernin. Ce dernier, jadis composé de moines, s'était converti en chapitre de chanoines, & avait obtenu plus tard du Saint-Siège une bulle qui le constituait en corps exempt. Isarn entreprit de le replacer sous la règle monastique, de concert & avec l'appui du comte de Tou-

(i) Girard fut prieur de La Charité jusqu'en 1086 au moins, (ÀnnaL Bened. t. V, p. ai$.)

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louse. Il s'était naturellement adressé à Tabbaye de Moissac, pour en obtenir des moines, & Tabbé Hunalfi avait prêté les mains à son dessein. Les religieux furent bientôt introduits à Saint-Sernin, au lieu & place des chanoines. Mais ceux-ci protestèrent vivement auprès de saint Grégoire VII, qui confia le soin d'examiner & d'arranger cette affaire au légat Richard de Saint- Viftor. Seulement, fidèle au privilège qu'il venait d'accqrder si solennellement en 1080 aux Clunisiens, le Pape prescrivait à son légat d'avertir d'abord « le vénérable « abbé de Cluny, pour qu'il intervînt lui-même, réprimât les « tentatives audacieuses de ceux qui lui étaient soumis, & « les forçât à obéir s'ils refusaient de se rendre à ce que ré- « clamait la justice (i). » C'était seulement au cas où il trouverait défaut d'appui chez l'abbé de Cluny que le légat devait sévir contre les religieux. Hugues écrivit aux moines de Moissac, & ceux qui avaient occupé Saint-Sernin en sortirent aussitôt. Mais le légat Richard, oublieux à là fois du privilège apostolique & de la liberté que son frère Bernard avait due, peu d'années auparavant, à l'intervention du saint abbé, ne laissa pas de fulminer l'excommunication contre les Clunisiens, alors que ceux-ci avaient quitté Saint-Sernin. C'était là un effet du caraftère excessif du cardinal , qui, lui non plus, ne ménageait pas toujours suffisamment l'emploi des censures, au risque d'indisposer les esprits contre le Saint- Siège. Naturellement, Grégoire fut informé de cette sentence trois fois injuste, puisqu'elle venait après satisfaction obtenue & en contradiction des instructions pontificales aussi bien que du privilège conféré à Cluny. Le saint Pontife, avant tout amant de la justice, en écrivit aussitôt au cardinal légat, lui exprimant « son étonnement de cette démarche inconsi- « dérée , » lui prescrivant de lever aussitôt l'excommunication, puis « de prendre bien garde dorénavant à ne point « porter si légèrement des sentences pareilles contre dès « hommes pleins de religion (2). »

(1) Epist. lib. IX, XXIX.

(2) Epist, colkâ. ap. JaflTé, Monum* Gregoriam, p. 566.

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