CHAPITRE XIX
encore une fois prononcé l'excommunication de Henri & de Guibert. C'était cette sentence que Pierre d'Albano & Jarenton de Saint-Bénigne, fidèles au malheur, venaient publier en France avec la lettre pontificale dont nous avons parlé.
Des nouvelles plus désolantes encore étaient à craindre, d'après le récit des deux légats. Elles ne tardèrent pas à arriver. Le 25 mai 1085, Grégoire était mort à Salerne. Au rapport des chroniqueurs , il avait prédit lui-même l'événement dès les premiers jours de Tannée, en l'annonçant pour la fin du mois de mai. Après s'être étendu sur la couche d'où il ne devait plus se relever, il avait pris ses dernières mesures pour la transmission du pontificat suprême , & fait jurer à ceux qui l'entouraient de ne jamais reconnaître les droits du tyran de l'Allemagne tant qu'il n'aurait pas donné satisfaction à l'Eglise. « Se recueillant ensuite en lui-même, & acceptant « la divine volonté sur sa vie de Pontife, qui n'avait été « qu'un sacrifice continuel, il dit : J'ai aimé la justice & j'ai « haï riniquité; c'est pour cela que je meurs en exil. Un « des évêques présents répondit avec respeft : Vous ne pou- « vez, seigneur, mourir en exil, vous qui, tenant la place « du Christ & des saints Apôtres, avez reçu les nations en « héritage & en possession l'étendue de la terre . — Parole « sublime, que déjà Grégoire ne pouvait plus entendre ; car « son âme s'était élancée au ciel, & recevait dès ce moment « l'immortelle couronne des martyrs (i). »
(i) Dom Guéranger, Année liturgique^ 25 mai.
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