CHAPITRE XX
PONTIFICAT DU BIENHEUREUX VICTOR III. RELATIONS DU SAINT ABBÉ AVEC l' ANGLETERRE ET LES MONASTÈRES ALLEMANDS.
OME n'avait pas été ramenée au Vicaire du Christ par les effrayants désastres de Tannée 1 084 ; elle avait de nouveau reçu au mois de décembre Tantipape Guibert. Mais ce que n'avaient pu accomplir les fléaux de la colère divine, la mort du saint Pontife eut la puissance de l'obtenir momentanément. Les Romains chassèrent Guibert & le forcèrent à regagner Ravenne pendant l'été de 1085. Quant à Henri de Germanie, plus jamais il ne devait souiller de sa présence la capitale du monde chrétien. Il fallait aviser à l'éleftion du successeur de saint Grégoire VII. Les suffrages se portèrçntsur l'abbé Didier du Mont-Cassin, issu des princes de Bénévent, celui-là même que le Pontife mourant avait surtout souhaité pour continuateur de ses luttes. Mais durant un an tout entier, Didier se refusa à accepter le lourd fardeau que l'éleftion canonique ne lui avait pas encore imposé. Enfin, le 24 mai 1086, les cardinaux réunis à Rome purent l'attirer au milieu d'eux, & le proclamèrent Pape dans l'église de Sainte-Lucie,
SOUS le nom de Viftor III. Mais c'était contre son gré ; il avait déclaré qu'à la première occasion il s'enfuirait dans son monastère bien-aimé. Quatre jours après, une nouvelle insurrection des Romains le mit à portée d'exécuter son dessein, & il en profita aussitôt. Ce ne fut que le 21 mars de l'année suivante qu'il consentit enfin à reprendre les insignes du pontificat suprême, & à en exercer les fondions. Malheureusement ce ne devait pas être pour longtemps. Son règne de six mois n'en fut pas moins le prolongement nettement accusé de la ligne suivie par saint Grégoire VU ; & en un concile tenu à Bénévent au mois d'août, il renouvela les sentences portées contre Henri de Germanie & ce Guibert, avec lequel il avait dû lutter presque face à face dans Rome même, au mois de mai précédent (1087). En outre, les investitures laïques étaient condamnées avec la même sévérité qu'elles l'avaient été durant les précédents pontificats. Mais Viftor III avait à prononcer une autre sentence plus pénible encore.
Au nombre des personnages qu'il jugeait assez forts pour porter les clefs de saint Pierre en des temps aussi difficiles, saint Grégoire VII mourant avait nommé Hugues de Lyon. Mais nous avons vu à l'œuvre cet énergique auxiliaire du saint Pape, & nous avons été obligés de remarquer que trop souvent sa vigueur dépassait le but, par suite d'un manque de mesure dans le caractère, défaut qui lui était commun avec le cardinal Richard, abbé de Saint- Viftor. Il nous faut constater maintenant que ces deux esprits trop peu pondérés se laissèrent ensemble ébranler par les résistances prolongées que Didier opposa durant deux ans à son éleftion. Les deux anciens légats ne surent pas résister à l'ambition de prendre la place que l'humble Pontife refusait si énergiquement d'occuper. A Rome ils furent les seulS' pour affliger l'Eglise par leur défcftion ; & en France ils se heurtèrent à un obstacle qui avait déjà brisé Hugues le Blanc, sur les traces duquel ils semblaient vouloir marcher à présent. Les Clunisiens se levèrent contre eux. Répandus dans toute l'Aquitaine, la Provence, & dans l'ancien royaume de Bourgogne, les moines