‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 178 sur 322 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

de Cluny firent une si rude guerre à Tarchevêque de Lyon , que celui-ci ne trouva plus d'autre ressource que d'écrire à la comtesse Mathilde. N'avait-il pas déjà cherché à justifier auprès d'elle sa défeftion, qu'il motivait par un récit aussi calomnieux que détaillé, contredit par les témoignages les plus irrécusables , au sujet de l'éleftion de Viftor III ? 11 se plaignit donc à elle cette fois encore, espérant sans doute que cet infatigable champion du Saint-Siège prendrait fait & cause pour lui contre l'abbé de Cluny. Hugues de Lyon écrivait à la comtesse de Toscane que les Clunisiens l'abreuvaient de tels outrages qu'il ne pouvait plus les supporter (i). Puis il formulait ses griefs. Il avait appris, par exemple, que, le vendredi saint, on avait chanté à Cluny l'oraison pro Imperatore, alors que Henri de Germanie était excommunié, couronné par un antipape. Nous n'avons garde de chercher à justifier l'abbé de Cluny ; Hugues de Lyon avait calomnié un Pape dont le culte est aujourd'hui reconnu par l'Eglise, & sur la vertu duquel personne ne se trompait alors. Il pouvait bien aussi inventer une calomnie de plus contre l'abbé de Cluny, dont toute la vie atteste l'attachement au Saint- Siège. Du reste, au concile de Bénévent, Vidcy III se chargea de décider de quel côté se trouvait le bon droit. « Vous sa- « vez, frères bien-aimés, dit le Pontife, & le fait n'est que « trop notoire, les ruses & les trames perfides ourdies contre <c ma personne par l'archevêque Hugues de Lyon, & par Ri- « chard, abbé de Saint-Viftor de Marseille. Dominés l'un & « l'autre par un esprit d'ambition & d'orgueil, ils convoi- « taient dans l'ombre l'honneur du pontificat suprême. « Quand ils ont vu s'évanouir leurs sacrilèges espérances , ils <ç n'ont pas craint d'arborer dans la sainte Église l'étendard <c d'un nouveau schisme. Et pourtant Richard était à Rome <ç lors de Notre élection ; il avait prêté son concours le plus « aftif aux ^autres cardinaux & évêques qui en prirent alors « l'initiative. Hugues n'arriva que plus tard, mais il se pros- « terna à Nos pieds, versant des larmes de tendresse, Nous

(1) D'Achery, SpiciU fol. t. III, p. 426.

« rendant hommage comme à un Pontife légitime & soUici- « tant de Nous la faveur, qui lui fut accordée, d'être main- « tenu dans sa charge de légat apostolique en France. Tant « qu'ils Nous voyaient , dans le sentiment de Notre indignité « & de Notre faiblesse, repousser Téleftion faite ou sandion- « née par eux, ces deux personnages redoublaient d'instances « & de supplications pour Nous déterminer à accepter le far- « deau, à faire à l'intérêt général & au bien de l'Eglise le « sacrifice de Nos répugnances personnelles. Mais dès qu'ils « Nous virent céder, leur ambition longtemps contenue se fit «jour, comme la flamme trop ardente qui fait éclater la « fournaise. Voyant tous leurs frères & les Nôtres s'opposer « unanimement au scandale qu'ils voulaient provoquer, ils « se séparèrent à l'instant de leur communion & de la Nôtre. « En conséquence Nous vous enjoignons, par Notre auto- « rite apostolique, de cesser tout rapport avec eux, & de « ne communiquer d'aucune sorte avec des personnages « qui se sont volontairement séparés de la communion « de l'Eglise romaine. Quiconque agit ainsi, dit le bien- « heureux dofteur Ambroise, doit être tenu pour héré- « tique (i). » 4

L'archevêque de Lyon ne fit pas difficulté d'attaquer encore cette solennelle sentence comme indigne du Saint-Siège & renfermant plusieurs erreurs. Qui pourrait mesurer jusqu'où peut être entraîné un esprit dont les grandes qualités naturelles sont une fois viciées & dévoyées par l'erreur ? Mais ce qui mit presque au même instant l'Église en deuil eut au moins pour effet de faciliter le retour des deux égarés à la voie de la vérité. Viftor 111 mourut au Mont-Cassin le i6 septembre 1087, au moment où les chevaliers chrétiens réunis par lui venaient d'enlever d'assaut la ville de Tunis. Grâce à l'intervention de la comtesse Mathilde, le successeur du bienheureux Pontife fut assez heureux pour* ramener à lui Hugues de Lyon & Richard de Saint-Viftor; il n'eut même aucune peine à rétablir la paix entre eux & l'abbé de

(x) Bernold, Cbronic. col. 1398.

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